Bano Barry interpelle Doumbouya : « Les ministères doivent cesser de fonctionner en républiques séparées »

Bano Barry interpelle Doumbouya : « Les ministères doivent cesser de fonctionner en républiques séparées »

À l’approche de la formation d’un nouveau gouvernement, après la démission de l’équipe dirigée par Bah Oury, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, le professeur Alpha Amadou Bano Barry, a lancé un appel fort au président de la République, Mamadi Doumbouya. Pour lui, le moment est venu d’engager une réforme profonde et courageuse de l’administration publique guinéenne.

Selon l’enseignant-chercheur, le futur exécutif doit être orienté vers les résultats, en s’appuyant sur des profils compétents et une organisation administrative plus cohérente. Il dénonce notamment la multiplication des structures au sein des ministères, qui finit par créer des chevauchements de compétences et une inefficacité généralisée. À ses yeux, il est urgent de respecter les textes existants, de clarifier les missions de chaque service et de définir clairement les postes, aussi bien pour le recrutement que pour le travail quotidien.

Bano Barry insiste sur un point central : la performance d’un gouvernement dépend avant tout de la qualité des femmes et des hommes qui composent l’administration. Contrairement aux idées reçues, il estime que le secteur privé ne peut prospérer que si l’administration publique fonctionne efficacement, car c’est elle qui encadre, régule et sécurise les investissements.

Pour le sociologue, la priorité du premier mandat du président doit être la réforme du capital humain. Il rappelle que la richesse d’un pays ne repose ni sur son sol ni sur son sous-sol, mais sur la capacité de sa population à transformer les ressources en valeur. Ce capital humain, explique-t-il, englobe à la fois le système éducatif, les travailleurs déjà formés et ceux qui ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation.

Il critique également la manière dont certains ministères sont organisés, où des profils spécialisés sont confinés à des logiques fermées. Selon lui, un ministère comme celui des Mines ou de la Santé devrait réunir des compétences variées — économistes, juristes, financiers, sociologues — afin de mieux penser et conduire l’action publique. Cette approche décloisonnée permettrait d’éviter que chaque ministère fonctionne comme une entité isolée, coupée des autres.

Alpha Amadou Bano Barry appelle ainsi le président à transformer les ministères en institutions qui travaillent ensemble, sans chasse gardée ni cloisonnement excessif. Il plaide pour une administration moderne, structurée autour de profils clairement définis et tournée vers l’accompagnement du développement plutôt que l’attentisme.

Pour l’ancien ministre, la Guinée a manqué plusieurs occasions historiques de réformer son administration depuis l’indépendance. Aujourd’hui, il estime qu’il est encore temps de corriger cette trajectoire en bâtissant une administration performante, capable de créer les conditions favorables au travail, à l’investissement et au développement durable du pays.