Tigré : la crainte d’un élargissement du conflit en Afrique de l’Est
Les combats entre l’armée fédérale éthiopienne et le Front de libération du peuple du Tigré ont ravivé les tensions dans la Corne de l’Afrique. Un analyste met en garde contre une possible extension...
La situation sécuritaire se dégrade dans la Corne de l’Afrique. Les combats opposant les forces fédérales éthiopiennes au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) font craindre une nouvelle extension du conflit, alors que les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se tendent depuis plusieurs mois.
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Les affrontements ont commencé le 23 septembre. Après avoir repoussé l’offensive du TPLF, les forces fédérales ont repris Mekelle, la capitale du Tigré, à la suite du départ des dirigeants et des combattants du mouvement.
Une nouvelle stratégie possible du TPLF
Pour Magnus Taylor, directeur adjoint du projet consacré à la Corne de l’Afrique au sein de l’International Crisis Group, la progression limitée de l’offensive tigréenne constitue un élément notable. Il s’est dit surpris que les forces du TPLF n’aient pas réussi à maintenir leur pression contre le gouvernement fédéral avec davantage d’efficacité.
Le retrait de Mekelle ne signifie toutefois pas nécessairement la fin des hostilités. D’après l’analyse de Magnus Taylor, le TPLF pourrait chercher à abandonner la logique d’une offensive classique pour relancer une forme différente d’insurrection. Cette éventualité laisse planer une incertitude sur l’évolution des combats dans la région.
L’analyste estime également que les tensions entre Addis-Abeba et Asmara pourraient donner au conflit une dimension plus large. La confrontation entre l’Éthiopie et l’Érythrée, désormais plus visible, pourrait provoquer une escalade au-delà des frontières du Tigré. Une guerre régionale élargie représenterait, selon lui, le scénario le plus grave.
Des accusations croisées entre les pays voisins
L’Érythrée accuse l’Éthiopie de préparer une invasion afin de prendre le contrôle d’un accès à son littoral. Cette accusation n’est pas établie de manière indépendante.
De son côté, l’Éthiopie accuse l’Érythrée de soutenir directement les rebelles tigréens, avec l’appui supplémentaire du Soudan et de l’Égypte. Asmara, Khartoum et Le Caire rejettent ces accusations. Ces déclarations contradictoires renforcent la complexité d’une crise qui dépasse désormais le seul théâtre tigréen.
Les tensions sont également nourries par le différend qui oppose depuis plusieurs années l’Égypte et l’Éthiopie autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne. Le Caire redoute que cet ouvrage ne réduise sa part des eaux du Nil.
Un appel au dialogue régional
Dans ce contexte, les présidents de l’Égypte, de la Somalie, du Soudan et de l’Érythrée se sont réunis dimanche à El-Alamein, sur la côte égyptienne. La présidence égyptienne a indiqué que les dirigeants défendaient un règlement pacifique des différends régionaux, dans le respect du droit international et du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.
Avant la rencontre, Abdel Fattah al-Sissi avait appelé à privilégier la coopération et le dialogue plutôt que la confrontation, notamment pour la gestion des ressources naturelles et des cours d’eau transfrontaliers.
Ces appels interviennent alors que le conflit tigréen ravive le souvenir de la guerre civile dévastatrice de 2020 à 2022. La capacité du TPLF à transformer son retrait en nouvelle insurrection, ainsi que l’ampleur d’une éventuelle implication régionale, demeurent incertaines.
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