L’Afrique appelée à bâtir une intelligence artificielle adaptée à ses réalités
Alors que l’intelligence artificielle progresse dans plusieurs secteurs africains, Girmaw Abebe Tadesse appelle les pays du continent à définir leurs priorités, mutualiser leurs ressources et...
L’Afrique est invitée à tracer une voie propre dans le développement de l’intelligence artificielle. Pour Girmaw Abebe Tadesse, expert éthiopien dirigeant au Kenya le laboratoire AI for Good de Microsoft et membre du Groupe scientifique international indépendant des Nations Unies sur l’intelligence artificielle, les pays du continent doivent commencer par leurs besoins concrets plutôt que par les technologies disponibles à l’étranger.
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L’intelligence artificielle gagne du terrain dans plusieurs domaines en Afrique, notamment l’éducation, la santé, l’agriculture, les entreprises et les services publics. Mais son développement mondial reste principalement concentré dans un nombre limité de pays et de grandes entreprises. Cette situation alimente le débat sur la capacité des États africains à participer pleinement à cette transformation technologique.
Partir des problèmes locaux
Lors de discussions consacrées à l’encadrement de l’intelligence artificielle à New York, pendant la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies, Girmaw Abebe Tadesse a défendu une approche centrée sur les réalités du continent.
« Nous essayons de partir de la réalité de notre environnement et d’appliquer les technologies d’intelligence artificielle aux problèmes auxquels nous sommes confrontés localement. Il est important de nous demander d’abord quels problèmes nous voulons résoudre », a-t-il déclaré à ONU Info.
Cette orientation vise à éviter une dépendance systématique à des systèmes conçus pour d’autres contextes économiques, sociaux ou linguistiques. Le choix des outils devrait ainsi découler des priorités identifiées par les communautés, les institutions et les acteurs économiques africains.
Une coopération encore à renforcer
Selon l’expert, les initiatives liées à l’intelligence artificielle se multiplient sur le continent, mais elles restent insuffisamment coordonnées entre les États et les institutions. Il appelle donc les pays africains à partager leurs expériences, à mutualiser leurs ressources et à tirer parti des réussites enregistrées dans les différents territoires.
« Les pays africains doivent davantage coopérer, partager leurs expériences et tirer les enseignements de leurs réussites respectives, plutôt que de repartir chacun de zéro », a-t-il insisté.
Cette coopération devrait réunir les gouvernements, les chercheurs, les universités, les entreprises technologiques, les entrepreneurs, les partenaires du développement et la jeunesse africaine. La diversité des profils permettrait de mobiliser les connaissances déjà disponibles et de concevoir des réponses mieux adaptées aux besoins des populations.
La jeunesse comme levier d’innovation
La population jeune, l’adoption rapide des outils numériques et l’émergence d’entrepreneurs et de chercheurs sont présentées comme des atouts pour l’Afrique. De nombreux jeunes utilisent déjà la technologie pour répondre aux difficultés de leurs communautés, tandis que des investisseurs et des partenaires du développement peuvent soutenir leurs initiatives.
Le continent doit toutefois composer avec des ressources financières limitées, des infrastructures numériques inégales et un accès restreint à la puissance de calcul dans certains pays. Ces contraintes rendent difficile la reproduction des investissements réalisés par les grandes puissances technologiques.
Les décisions prises aujourd’hui sur les infrastructures, les données, la formation et les secteurs d’application pèseront durablement sur la place des pays africains dans l’économie de l’intelligence artificielle. Pour Girmaw Abebe Tadesse, l’action collective est urgente : « Si nous travaillons ensemble, l’avenir est prometteur. Mais nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous. »
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