L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a rejoint la rébellion active dans l’est du pays et en prend désormais la direction. Le Front pour la Refondation de la Nation (FRN), annoncé lundi soir à Goma, se présente comme le successeur de l’alliance formée par l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23).
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La nouvelle coalition rassemble des responsables et des forces associés à ces deux mouvements. Dans un communiqué signé par Freddy Kaniki, l’un de ses dirigeants, le FRN affirme reprendre les « droits, obligations et engagements » de l’AFC, notamment ceux pris dans le cadre des négociations de Doha.
Une nouvelle structure pour l’opposition armée
Le FRN accuse le président Félix Tshisekedi de tyrannie et appelle à une résistance menée par tous les moyens, y compris la force. Cette prise de position intervient alors que Goma, principale ville du Nord-Kivu, se trouve sous le contrôle de l’AFC-M23 depuis janvier de l’année précédente.
Le conflit dans l’est de la RDC, enraciné dans des rivalités régionales, des préoccupations sécuritaires persistantes et la compétition pour le contrôle des territoires et des ressources minières, a provoqué le déplacement de millions de personnes. Il implique également plusieurs pays voisins. Les tensions entre Kinshasa et Kigali continuent de peser sur l’évolution des combats.
Le M23 affirme avoir repris les armes parce que le gouvernement congolais n’aurait pas respecté des engagements antérieurs. Kinshasa et des acteurs internationaux accusent pour leur part le Rwanda de soutenir le mouvement, ce que Kigali dément. Le Rwanda invoque notamment les menaces posées par des groupes armés actifs dans l’est congolais.
Les négociations de Doha et de Washington sous pression
L’arrivée de Joseph Kabila à la tête de la rébellion soulève des interrogations sur la représentation de l’opposition armée et sur la mise en œuvre des engagements déjà négociés. Les discussions de Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC-M23 portent notamment sur un cessez-le-feu, le retour des réfugiés, la libération de détenus et la lutte contre les discours stigmatisant les minorités ethniques.
Parallèlement, l’initiative soutenue par Washington concerne un accord entre la RDC et le Rwanda. Elle comprend des engagements liés aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Pour Josue Akuzwe Walayi, militant congolais des droits humains, ces processus risquent de rester sans effet si les violations ne sont pas documentées, enquêtées et sanctionnées conformément à la loi. Il redoute que les accords de Doha et de Washington ne deviennent de nouveaux échecs diplomatiques sans apporter de paix durable aux populations.
Des réactions inquiètes à Goma et à Kinshasa
À Goma, l’annonce a suscité l’inquiétude. Basa Juhudi, un habitant de la ville, dit avoir espéré une fin prochaine de la guerre et se dit surpris de voir l’ancien président rejoindre le conflit. Selon lui, la participation de Kabila, qui connaît profondément le pays, signifie que la guerre est loin d’être terminée.
Willo Riziki estime que les autorités congolaises doivent désormais mesurer pleinement la portée de la crise. Il affirme que Kinshasa ne peut plus considérer les forces adverses comme de simples « marionnettes » et évoque l’existence de personnes restant loyales à Joseph Kabila dans différentes régions du pays.
Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale et dirigeant de l’Union pour la nation congolaise, a appelé les responsables du mouvement à renoncer aux armes et à privilégier le dialogue. « Rien ne peut justifier que nous prenions les armes contre notre propre pays », a-t-il déclaré. Il a également estimé qu’un ancien bilan politique ne pouvait être effacé en accusant son successeur.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a de son côté reproché à Joseph Kabila de n’avoir « rien à offrir, sinon le chaos », le qualifiant aussi d’homme du passé nostalgique des méthodes antidémocratiques. Ces propos faisaient suite à un avertissement de Kabila affirmant que le pays était en péril.
Au moment de l’annonce de la coalition, aucune réaction officielle spécifique du gouvernement congolais n’avait encore été communiquée. Le rôle de Kabila pourrait ainsi modifier l’équilibre politique et militaire de la rébellion, mais l’ampleur de son soutien au sein du pays reste incertaine.
Joseph Kabila était arrivé au pouvoir en 2001, après l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila. Élu en 2006 puis réélu en 2011, il avait quitté la présidence après le scrutin de décembre 2018, Félix Tshisekedi ayant pris ses fonctions en janvier 2019. Son second mandat, qui devait s’achever en 2016, avait été prolongé après le report des élections, une période marquée par des manifestations réprimées dans le sang. L’ancien président a par ailleurs été condamné à mort par contumace par une juridiction militaire congolaise l’année précédente, pour des accusations comprenant notamment la trahison et des crimes de guerre. Ses proches ont dénoncé une condamnation injuste et politiquement motivée.
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