Tunisie : les diplômés sans emploi se mobilisent pour l’application d’une loi de recrutement
Des diplômés universitaires tunisiens sans emploi ont marché vers Tunis pour demander l’application concrète d’une loi prévoyant leur recrutement dans le secteur public, sur fond de chômage élevé et...
La crise de l’emploi des diplômés universitaires alimente une nouvelle mobilisation en Tunisie. Des jeunes sans emploi ont entamé, le 27 septembre, une marche d’environ 300 kilomètres depuis Menzel Bouzaiane, dans le gouvernorat de Sidi Bou Zid, en direction de Tunis. Baptisée « Dignity March », cette initiative réclame notamment l’application concrète d’une loi prévoyant le recrutement exceptionnel de diplômés sans emploi de longue durée dans le secteur public.
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Le mouvement avait commencé avec 23 participants, d’après les organisateurs. Son comité de coordination a ensuite estimé que le nombre de marcheurs avait dépassé 120. Le groupe a dû interrompre son avancée à plusieurs reprises en raison de l’épuisement et de blessures. Le 6 octobre, des participants ont indiqué que la police les avait empêchés de poursuivre leur marche à Borj Cedria, au sud de Tunis.
Une loi toujours attendue
Les diplômés demandent aux autorités de préciser les modalités d’application de la loi n° 18 de 2025, notamment les critères pratiques et le calendrier du recrutement. Le texte, daté du 22 décembre 2025 et publié au Journal officiel le 23 décembre, prévoit une plateforme numérique pour l’enregistrement des candidats, des critères de priorité et un recrutement par phases sur une période maximale de trois ans.
Cette attente prolonge une frustration ancienne. La loi n° 38 de 2022, conçue pour ouvrir une voie d’accès à l’emploi aux diplômés universitaires sans travail depuis plusieurs années, n’a pas été pleinement appliquée en raison de contraintes financières. Pour Cherif Khraifi, porte-parole de la Tunisian Union of Higher Education Graduates, certaines mesures adoptées au fil des années ont surtout servi à calmer temporairement la contestation, sans traiter durablement le problème.
Cherine Ghanmi, diplômée en 2012 et originaire d’Al-Mazzunah, une ville marginalisée du gouvernorat de Sidi Bou Zid, reste sans emploi plus de dix ans après la fin de ses études. Elle dépend encore financièrement de ses parents. Elle résume ainsi le désenchantement de nombreux diplômés : ils ont étudié en pensant avoir trouvé une sortie de la pauvreté, avant de découvrir une réalité très différente.
Ghanmi estime également que le programme de sociétés communautaires promu par les autorités n’a pas encore apporté de solution en matière d’emploi et de développement local. Elle considère que la « Dignity March » dépasse la seule revendication professionnelle et exprime une déception plus large à l’égard des promesses non tenues.
Un chômage élevé malgré une croissance limitée
Les données de l’Institut national de la statistique tunisien illustrent l’ampleur de la difficulté. Le chômage atteignait 14,9 % au deuxième trimestre de 2026. Il s’élevait à 26,6 % chez les diplômés universitaires, avec un écart marqué entre les femmes diplômées, à 35,6 %, et les hommes diplômés, à 14,2 %. Chez les 15-24 ans, le taux atteignait 35,4 %.
L’économie tunisienne a progressé de 2,7 % en 2025 et de 2,4 % au premier semestre de 2026. La Banque mondiale prévoit toutefois une croissance annuelle de 2,3 % pour 2026. Ces niveaux ne garantissent pas la création d’un volume d’emplois suffisant pour absorber les nouveaux diplômés et les personnes déjà éloignées du marché du travail.
Selon Anis Ben Said, conseiller fiscal et professeur d’université, le problème ne réside pas principalement dans l’absence de compétences, mais dans la difficulté de l’économie à transformer ces compétences en production, en investissements et en emplois. Il cite la faiblesse des investissements, les infrastructures insuffisantes et le manque de fiabilité des services publics parmi les obstacles à l’activité des entreprises.
Une contestation qui s’élargit
Le 17 octobre, des milliers de personnes se sont rassemblées à Tunis contre le gouvernement du président Kais Saied, la dégradation des conditions de vie et les restrictions des libertés. La manifestation était portée par l’Union générale tunisienne du travail, des groupes d’opposition et des organisations de la société civile. Les coupures récurrentes d’électricité et les pénuries d’eau figuraient également parmi les griefs exprimés.
Durant l’été, ces perturbations ont touché plusieurs régions et affecté des entreprises, dans un contexte de fortes chaleurs. Les critiques de Kais Saied lui reprochent par ailleurs d’avoir concentré le pouvoir depuis 2021 sans parvenir à résoudre les difficultés économiques. Pour Khraifi, le recrutement public ne peut toutefois pas suffire à lui seul : la Tunisie doit aussi attirer des investissements et favoriser l’émergence d’entreprises capables de se développer et d’embaucher.
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