La crise institutionnelle s’intensifie en Somalie. La Cour suprême a jugé illégale la prolongation du mandat du président Hassan Sheikh Mohamud, estimant que les amendements constitutionnels adoptés à cette fin ne pouvaient pas s’appliquer à son mandat en cours.
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Dans sa décision, la juridiction considère que le chef de l’État aurait dû quitter ses fonctions en mai. Elle a également demandé aux partis politiques de parvenir à un nouvel accord dans un délai de 30 jours et fixé à 90 jours le délai pour organiser des élections.
Une décision rendue dans un climat de confrontation
Avant la publication de l’arrêt, la présidence avait annoncé le limogeage de Bashe Yusuf Ahmed, le juge en chef de la Cour suprême, ainsi que la nomination d’un remplaçant dont le nom n’a pas été communiqué. Le bureau du président a justifié cette décision par des préoccupations concernant la nécessité d’une justice « efficace et équitable ».
La Cour suprême a contesté la compétence du président pour révoquer le juge en chef. Elle l’a accusé de chercher à « entraver l’administration de la justice » dans l’affaire constitutionnelle portée devant elle.
Hassan Ali Khaire, ancien Premier ministre, a affirmé que le président avait lancé une attaque contre la Cour suprême et déployé des soldats dans ses locaux. Il a également soutenu que le juge en chef et des avocats étaient recherchés à leur domicile, soumis à des actes de torture, et que les activités de la cour avaient été interrompues. Ces accusations n’ont toutefois pas pu être vérifiées.
Des réactions partagées à Mogadiscio
La décision a suscité des réactions divergentes dans la capitale. Abdullahi Hassan Sheikh l’a approuvée, estimant que la décision de la Cour suprême devait être respectée au nom de l’État de droit. À l’inverse, Mohamed Farah Ahmed l’a jugée erronée, rappelant que la cour fonctionnait encore au moment de l’adoption de la nouvelle Constitution.
La contestation porte notamment sur le vote parlementaire de mars. La plupart des partis d’opposition et des formations régionales avaient boycotté le scrutin sur les amendements constitutionnels. Certains avaient affirmé avoir été empêchés d’y participer.
Les tensions avaient déjà dégénéré en juin, lorsque des affrontements avaient éclaté à Mogadiscio entre factions politiques rivales. Les adversaires du président considèrent ses réformes comme une tentative d’accroître son pouvoir. Hassan Sheikh Mohamud défend pour sa part la prolongation d’un an comme une période de transition destinée à préparer les premières élections démocratiques nationales, prévues en avril et mai 2027.
Un contexte sécuritaire et financier fragile
Cette crise politique intervient alors que la Somalie fait face à l’insurrection d’Al-Shabaab, un groupe islamiste lié à Al-Qaïda qui contrôle de vastes zones du pays. La mission militaire internationale, engagée depuis près de 20 ans, dépend notamment du soutien de partenaires extérieurs.
Les donateurs internationaux ont réduit leur financement, invoquant les progrès limités contre Al-Shabaab et la poursuite des troubles politiques. Washington a notamment interrompu ses contributions à une mission logistique des Nations unies qui soutient la coalition militaire. L’Ouganda, principal contributeur de la force de l’Union africaine, a par ailleurs annoncé le retrait de l’ensemble de ses troupes d’ici à la fin de 2027.
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