Au Zimbabwe, les autorités cherchent à renforcer la place du Zimbabwe Gold, ou ZiG, afin de réduire progressivement la dépendance au dollar américain. Mais plus d’un an après son lancement, la monnaie nationale reste confrontée à une forte défiance, nourrie par les précédentes crises monétaires et par la préférence persistante des agents économiques pour le billet vert.
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Introduit en avril 2024, le ZiG est présenté par la Banque de réserve du Zimbabwe (RBZ) comme une monnaie soutenue par des réserves de devises étrangères et de métaux précieux, notamment l’or. La banque centrale affirme également que son inflation annuelle s’élevait à 3,7 % au cours du mois précédent, sans préciser le mois concerné.
Une stratégie moins contraignante
La RBZ souhaite désormais accroître l’utilisation du ZiG dans les transactions intérieures. Les paiements d’impôts ainsi que certaines opérations du secteur public figurent parmi les domaines ciblés par cette politique.
La banque centrale s’est toutefois éloignée de son ancien objectif consistant à parvenir à une monnaie unique d’ici 2030. Elle privilégie désormais une progression graduelle, guidée par le marché, et fondée sur des conditions susceptibles d’encourager les entreprises et les consommateurs à utiliser volontairement le ZiG.
Dans cette logique, une série améliorée de billets a été mise en circulation le 7 avril, avec des designs et des dispositifs de sécurité révisés. L’année de cette émission n’est pas précisée.
Le poids des crises passées
La prudence du public s’explique en grande partie par l’histoire monétaire du pays. Le Zimbabwe a abandonné sa monnaie locale en 2009, après une période d’hyperinflation, avant d’adopter un système multidevises dominé par le dollar américain. Une monnaie nationale a été réintroduite en 2018, mais les épisodes d’instabilité ont compliqué le retour de la confiance.
Charles Mbwandarikwa, enseignant du primaire, illustre cette réserve. Il affirme recevoir environ un tiers de son salaire en ZiG, mais dit l’échanger rapidement plutôt que de le conserver. Il assure avoir perdu son épargne-retraite lors de la crise de 2009 et indique que la valeur de son salaire est passée, selon son estimation, de l’équivalent de 540 dollars à 40 dollars à la fin de 2018.
Pour de nombreux détenteurs de revenus, l’utilisation du ZiG pour régler une dépense ne signifie donc pas nécessairement qu’ils souhaitent y conserver leur épargne. La capacité de la monnaie à préserver la valeur des salaires et des économies demeure une question centrale.
Une demande encore limitée
Dans les commerces, la préférence pour le dollar complique également l’élargissement des transactions en ZiG. Sesedzai Chigumira, détaillante de vêtements, affirme n’avoir réalisé qu’un petit nombre de ventes dans cette monnaie.
L’économiste Cornelius Dube estime que la demande pour le ZiG reste très faible et que la dédollarisation prendra du temps. À ses yeux, une conversion imposée ne permettrait pas de restaurer durablement la confiance. Il préconise plutôt la mise en place d’incitations qui rendraient les entreprises et les consommateurs indifférents au choix entre le ZiG et le dollar américain.
La dédollarisation reste ainsi possible, mais son rythme dépendra de la stabilité macroéconomique et de la confiance accordée à la monnaie nationale. Pour Harare, l’enjeu ne consiste plus seulement à mettre des billets en circulation, mais à convaincre les ménages et les entreprises de les conserver et de les utiliser durablement.
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