La question de la souveraineté sur Ceuta et Melilla revient au centre de l’attention avec la visite prévue du roi Felipe VI et de la reine Letizia dans ces deux villes espagnoles d’Afrique du Nord. Le couple royal doit se rendre à Ceuta le 13 octobre, avant de rejoindre Melilla le lendemain.
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Il s’agira de la première visite de Felipe VI dans l’une ou l’autre de ces villes depuis son accession au trône en 2014. L’Espagne administre Ceuta et Melilla et les considère comme des composantes de son territoire. Le Maroc, de son côté, revendique ces deux villes ainsi que plusieurs autres territoires contrôlés par l’Espagne sur la côte nord-africaine.
Une dispute territoriale toujours non résolue
Rabat fait remonter sa revendication à l’indépendance du Maroc, en 1956, et considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés. Madrid défend pour sa part la continuité de sa souveraineté sur ces villes. Les deux pays n’ont pas accepté la position de l’autre, et aucun règlement de la question n’est annoncé.
La situation de Ceuta illustre la complexité historique du dossier. La ville est connue sous le nom espagnol de Ceuta, tandis que Sabta est sa forme arabe et que Sebta constitue une graphie courante en alphabet latin. L’usage de ces appellations peut revêtir une dimension politique dans le débat marocain, sans constituer automatiquement une prise de position sur la souveraineté.
Les racines historiques de la ville précèdent largement le différend actuel. L’autorité chargée du patrimoine culturel de Ceuta situe une période de domination musulmane entre 709 et 1415. La ville a notamment connu les périodes idrisside, omeyyade, taifa, almoravide, almohade et mérinide. Sous les Idrissides, elle fut détenue par les Banu Isam avant d’être prise par Abd al-Rahman III en 931. Elle fut ensuite liée à la taifa de Malaga, puis passa sous l’influence des Almoravides et des Almohades. À partir du début du XIVe siècle, elle appartint à la sphère mérinide, avec des périodes de contrôle par d’autres dynasties locales.
Une histoire marquée par les changements de pouvoir
Les forces portugaises conduites par le roi Jean Ier s’emparèrent de Ceuta le 21 août 1415. La ville resta portugaise pendant plus de deux siècles. Après le rétablissement de l’indépendance du Portugal en 1640, elle demeura sous l’autorité de la monarchie espagnole. Le traité de Lisbonne de 1668, qui reconnaissait l’indépendance portugaise, confirma le maintien de Ceuta dans les mains espagnoles.
Melilla suit une trajectoire distincte. Les forces espagnoles en prirent le contrôle en 1497, lorsque la ville fut intégrée à la Couronne de Castille. Ces épisodes historiques nourrissent aujourd’hui des lectures différentes de la souveraineté. Ils ne fournissent toutefois pas une réponse simple à une dispute contemporaine fondée sur des conceptions modernes du territoire et des frontières.
La dimension migratoire
La visite royale intervient également après une importante crise migratoire à la frontière de Ceuta, en juillet. Reuters a rapporté que plus de 72 000 migrants étaient entrés depuis le Maroc le 30 juillet. Ce chiffre est attribué à l’agence et n’est pas présenté comme vérifié indépendamment dans les éléments disponibles.
Ceuta possède le statut de ville autonome en vertu du droit espagnol et dispose de son propre système d’autogouvernement. Elle ne fait pas partie du territoire douanier de l’Union européenne, tandis que sa frontière avec le Maroc constitue une frontière extérieure de l’espace Schengen. Ces particularités renforcent son importance dans les politiques migratoires, la gestion des frontières et les relations entre Madrid et Rabat.
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