Tigré : la prise de Mekele ravive le risque d’un conflit régional
La prise de Mekele par les forces fédérales éthiopiennes met fin à une nouvelle phase de combats ouverts, sans clore le conflit au Tigré. Les tensions avec l’Érythrée et les rivalités autour de la...
La guerre a repris au Tigré. Après près de deux semaines d’affrontements, les forces fédérales éthiopiennes ont pénétré dans Mekele, la capitale régionale, tandis qu’une alliance de groupes rebelles, comprenant le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), se retirait de la ville.
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La progression de l’armée fédérale s’est appuyée sur des opérations terrestres et aériennes. Les forces rebelles avaient déjà subi plusieurs revers autour d’Alamata et de Kobo avant de se replier vers les zones rurales environnantes. La prise de Mekele ne signifie toutefois pas la fin des hostilités : des combats se poursuivaient encore dans d’autres secteurs du Tigré.
Une trêve de 2022 fragilisée
La reprise des affrontements a de fait mis un terme au cessez-le-feu conclu à Pretoria en 2022, ainsi qu’à la fragile accalmie qui avait suivi la guerre précédente. Ce conflit, mené de 2020 à 2022, avait déjà opposé les forces fédérales et les combattants tigréens, avec la participation de forces érythréennes aux côtés de l’armée éthiopienne.
Le chef du TPLF, Debretsion Gebremichael, a affirmé que son mouvement entendait poursuivre la lutte. « Nous affronterons l’ennemi selon nos propres conditions et là où nous le choisirons », a-t-il déclaré. Cette position alimente la possibilité d’une insurrection prolongée, favorisée par le relief montagneux du Tigré.
Le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed doit en outre composer avec des foyers d’insurrection en Amhara et en Oromia. L’extension de ces tensions à plusieurs régions pourrait mettre les forces fédérales sous pression et compliquer la consolidation de leur contrôle sur le Tigré.
Des mouvements érythréens signalés
Des informations ont fait état de l’entrée de troupes érythréennes à Adigrat et Idaga Hamus, dans le nord du Tigré, après leur passage de la frontière. Asmara n’a ni confirmé ni démenti ces mouvements. Leur réalité et leur ampleur restent donc incertaines, mais leur éventuelle présence donnerait une dimension régionale supplémentaire au conflit.
Pour Mohamed Kheir Omer, chercheur spécialisé dans la Corne de l’Afrique, l’Érythrée pourrait chercher à maintenir les forces éthiopiennes engagées au Tigré afin d’éviter une confrontation directe sur son propre territoire. Cette interprétation n’est pas établie comme un fait, mais elle illustre les inquiétudes suscitées par la dégradation des relations entre Addis-Abeba et Asmara.
Le 1er octobre, l’Éthiopie a fermé son ambassade en Érythrée et expulsé des diplomates érythréens, en accusant Asmara d’actes hostiles et d’implication dans la reprise des combats. L’Érythrée a répondu par une rupture des relations diplomatiques, tout en niant soutenir l’alliance d’opposition.
La mer Rouge au cœur des rivalités
La crise s’inscrit dans un ensemble de tensions qui associent également l’Égypte, le Soudan et la Somalie. Le 4 octobre, les dirigeants de ces quatre pays se sont réunis à New Alamein, en Égypte, pour un sommet consultatif. Ils ont annoncé vouloir renforcer leur coopération politique, économique et commerciale, tout en réaffirmant leur attachement à la souveraineté, à la non-ingérence et au règlement pacifique des différends.
Cette rencontre ne constitue pas une alliance militaire formelle. Les quatre États partagent toutefois des préoccupations concernant les ambitions éthiopiennes autour de la mer Rouge, du Nil et des routes commerciales régionales. L’Égypte considère le barrage de la Renaissance et une éventuelle avancée de l’armée éthiopienne vers la mer Rouge comme des menaces stratégiques, tandis que l’Érythrée voit d’un œil alarmé la volonté d’Addis-Abeba d’obtenir un accès maritime.
Depuis 2023, cet accès est devenu une priorité stratégique pour l’Éthiopie, enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1991. Le pays dépend fortement de Djibouti pour son commerce maritime et recherche également des arrangements avec le Kenya et le Somaliland. Abiy Ahmed a déclaré vouloir parvenir à un débouché maritime « selon un principe de donnant-donnant ».
Pour l’heure, rien ne permet d’affirmer que les tensions régionales déboucheront sur une intervention militaire directe. Leur évolution dépendra notamment de la capacité du TPLF et d’autres groupes armés à maintenir les forces fédérales mobilisées au Tigré et éloignées de la frontière érythréenne.
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