Au Borno, les enlèvements ruinent les familles et vident les écoles
Les enlèvements dans l’État de Borno plongent les familles dans l’endettement et l’angoisse. À Askira-Uba, plusieurs attaques ont aussi entraîné la fermeture d’écoles et la disparition...
Dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria, les enlèvements contre rançon pèsent lourdement sur les familles et perturbent l’accès à l’éducation. Pour tenter de libérer leurs proches, certaines vendent du bétail, cèdent des biens, contractent des prêts ou épuisent leurs économies, sans garantie d’obtenir leur retour.
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Musa Abdullahi Wakawa a appris que son épouse et son fils de sept ans avaient été enlevés. Comme d’autres familles de la région, il cherchait à réunir l’argent demandé pour obtenir leur libération. Le dossier ne précise toutefois pas si la rançon a pu être réunie ni si les deux victimes ont été libérées.
Des familles sans nouvelles de leurs proches
Laraba Dauda, âgée de 45 ans, raconte que sa sœur a été enlevée le 13 janvier 2026 sur la route Biu–Buratai. Après sa disparition, celle-ci a pu appeler depuis un endroit situé dans la brousse. Elle aurait expliqué à sa sœur que des inconnus les avaient capturées et conduites vers une destination inconnue, avant de lui demander de prier pour elle.
Plusieurs mois plus tard, la famille ignorait toujours le lieu où elle était détenue et ne savait pas si elle était en sécurité. Laraba Dauda demande au gouvernement nigérian d’intensifier les efforts pour secourir les personnes retenues depuis plus de six mois.
Le fils d’Anjikwi Hena a, lui, été enlevé le 30 mars 2026 alors qu’il se préparait à se rendre à Maiduguri pour chercher du travail. L’issue de cette affaire n’est pas précisée.
Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International Nigeria, estime qu’au moins 1 100 personnes ont été enlevées au Nigeria entre janvier et avril 2026. Ce bilan pourrait être inférieur à la réalité, certains incidents commis dans des communautés isolées n’étant pas signalés. L’organisation affirme que des victimes peuvent subir la faim, des tortures et des violences sexuelles, tandis que la peur des enlèvements éloigne de nombreux enfants des salles de classe.
Des écoles fermées après les attaques
Dans la zone de gouvernement local d’Askira-Uba, les conséquences sont particulièrement visibles. Fasuma Askira, secrétaire à l’éducation du gouvernement local, indique que 56 des 113 écoles primaires fonctionnent actuellement. Avant l’attaque de Mussa, 76 établissements étaient encore ouverts. Vingt écoles ont fermé par la suite.
Le 15 mai, des combattants rebelles présumés ont attaqué Mussa et enlevé des dizaines d’enfants. Un registre recensait 40 enfants disparus, mais les estimations de la communauté et des autorités ont varié. Plus récemment, le gouvernement de l’État de Borno a évoqué environ 44 enfants toujours portés disparus.
À Lassa, des rebelles armés ont attaqué la Government Day Secondary School le 29 juin, pendant des examens du National Examinations Council. Après que certains élèves eurent été récupérés, 36 élèves et un enseignant étaient encore signalés comme retenus en captivité.
Face à ces risques, les élèves du premier cycle du secondaire de Mussa ont été transférés vers un internat public à Uba. Des soldats ont également été déployés à Mussa et à Lassa aux côtés de vigilants locaux.
Une réponse sécuritaire et sociale annoncée
Usman Tar, commissaire à l’Information et à la Sécurité intérieure de l’État de Borno, affirme que les autorités combinent des opérations militaires et des mesures non militaires. Le dispositif comprend un soutien logistique accru aux forces armées, la mobilisation de volontaires civils et l’utilisation de drones dotés de capacités thermiques pour surveiller les mouvements de groupes criminels.
Les autorités disent également prévoir une aide financière pour certaines familles touchées, par l’intermédiaire de la State Emergency Management Agency, de la State Humanitarian Agency et d’autres mécanismes publics. Elles conseillent par ailleurs d’éviter les itinéraires dangereux et annoncent vouloir faire poursuivre les personnes impliquées dans les enlèvements.
Pour le professeur Khalifa Dikwa, analyste de sécurité, les enlèvements contre rançon sont devenus une activité lucrative pour plusieurs groupes armés. Les sommes versées peuvent, selon lui, financer l’achat d’armes et le recrutement de nouveaux membres, ce qui entretient le cycle de l’insécurité.
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