Maroc : Amnesty dénonce un système de surveillance visant journalistes et militants
Amnesty International accuse la Direction générale de la surveillance du territoire marocaine d’avoir ciblé des journalistes, militants et avocats avec Pegasus et d’autres moyens de surveillance. Les...
Amnesty International accuse les autorités marocaines d’avoir mis en place un dispositif de surveillance visant des journalistes, des défenseurs des droits humains et des avocats entre 2017 et 2021. Dans un rapport intitulé We Start With the Verdict: Inside Morocco’s Surveillance Machine, l’organisation met notamment en cause la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) dans le déploiement présumé du logiciel espion Pegasus.
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Le document, élaboré avec 14 organisations médiatiques et coordonné par Forbidden Stories, examine quatre situations, celles du journaliste Omar Radi, de l’activiste Fouad Abdelmoumni, de l’avocat Abdessadak El Bouchattaoui et du journaliste en exil Hicham Mansouri.
Des éléments techniques et des témoignages
Amnesty affirme avoir vérifié des éléments importants du témoignage d’un ancien employé de la DGST, présenté sous le pseudonyme Safir. L’organisation dit avoir confronté son récit à des sources indépendantes, à des analyses techniques et aux témoignages de dix personnes identifiées comme des cibles potentielles de surveillance.
D’après cette enquête, le dispositif présumé aurait combiné l’utilisation de logiciels espions, la surveillance physique, des enregistrements dissimulés, le recours à des informateurs et des systèmes permettant de contrôler à distance des appareils utilisés dans des cybercafés. Amnesty décrit toutefois ces éléments comme des allégations et ne présente pas chaque opération comme établie de manière indépendante.
L’organisation indique avoir mis en relation 103 numéros marocains avec des personnes considérées comme des cibles potentielles entre septembre et décembre 2017. Parmi les 65 membres de la société civile identifiables figuraient 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes ou professionnels des médias, cinq avocats et quatre universitaires.
Le numéro d’Abdessadak El Bouchattaoui aurait été intégré au système Pegasus en septembre 2017, quelques semaines avant l’envoi d’un lien d’infection par SMS. Amnesty affirme également que les opérations marocaines étaient pleinement actives dès octobre de la même année.
Le cas d’Omar Radi
Le téléphone d’Omar Radi a été examiné par le Security Lab d’Amnesty International en juin 2020. Le journaliste a déclaré avoir appris qu’il figurait parmi les cibles de Pegasus. Entre 2018 et 2020, il dit avoir constaté une décharge rapide de sa batterie, une hausse de la température de l’appareil et un ralentissement de sa connexion.
Radi affirme aussi avoir fait l’objet d’une surveillance physique alors qu’il enquêtait sur la dépossession de terres au Maroc. Il a décrit des personnes recueillant des informations auprès de gardiens de parking, de commerçants de son quartier et de certaines de ses connaissances. Selon lui, la publication du rapport d’Amnesty a permis de relier plusieurs faits vécus pendant cette période.
Dans un autre dossier, Fouad Abdelmoumni affirme avoir été filmé secrètement chez lui avec sa fiancée en 2021. Il soupçonne qu’une caméra ait été dissimulée dans un climatiseur, en raison de l’angle de la prise de vue. Safir a qualifié cet épisode de cas type d’opération de surveillance suivie d’un effacement des traces, une caractérisation qui reste attribuée au témoin.
Des dénégations et des limites
Les autorités marocaines ont déjà rejeté, dans des déclarations de 2020 et 2022, les accusations d’utilisation de Pegasus contre des journalistes, des militants et d’autres détracteurs. Amnesty indique leur avoir adressé une demande de réponse quatre semaines avant la publication du rapport, sans recevoir de réaction. Les responsables marocains n’avaient pas davantage répondu aux sollicitations formulées à ce sujet au moment de la publication.
La présence d’un numéro dans des registres de ciblage Pegasus ne suffit pas, à elle seule, à démontrer qu’un appareil a effectivement été infecté ni à établir l’identité du donneur d’ordre. Ces réserves entretiennent le débat sur la portée exacte des éléments disponibles.
Le rapport revient enfin sur le cas du journaliste Taoufik Bouachrine. Arrêté en 2018 et condamné à 15 ans de prison pour viol et traite des êtres humains, des accusations qu’il a rejetées, il a purgé plus de six ans avant d’être libéré dans le cadre d’une grâce royale. Bouachrine affirme que sa procédure était liée à son travail journalistique et que les revenus publicitaires de son journal, Akhbar Al-Youm, avaient été supprimés. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a qualifié sa détention d’arbitraire et évoqué un harcèlement judiciaire.
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