Après près de quatre décennies vécues en Côte d’Ivoire, Mamadou Lamine Barry porte un regard sévère sur son parcours migratoire. Originaire de Garankela, dans le district de la région de Mamou, en République de Guinée, cet homme exerce aujourd’hui comme commerçant à Daloa, dans le Haut-Sassandra, au centre-ouest de la Côte d’Ivoire.
Son départ remonte à 1986. À l’époque, il envisageait de rejoindre Abidjan après avoir décidé de sortir de Guinée. Un ami lui a toutefois parlé d’une connaissance installée à Daloa et lui a conseillé de se rendre dans cette ville, où il pourrait être orienté. C’est ainsi qu’il a finalement abandonné son projet initial pour prendre la direction de Daloa.
« C’est à cause d’un ami que je suis venu ici à Daloa. Sinon, je me débrouillais à Conakry », raconte-t-il. Ses débuts dans la ville ivoirienne se sont faits dans le commerce ambulant. Il vendait notamment des cigarettes, des bonbons et des biscuits.
Un bilan marqué par le regret
Entre 1986 et 2026, Mamadou Lamine Barry est resté éloigné de son pays natal, même s’il y a effectué quelques séjours. Pour lui, cette longue expérience à l’étranger ne se résume pas aux éventuels gains financiers.
« L’aventure, même si tu y gagnes les moyens, tu es perdant à 75 % », affirme-t-il. Il estime également qu’une personne qui reste longtemps hors de son pays risque de devenir étrangère dans son propre environnement d’origine, qu’elle ait réussi financièrement ou non.
Le commerçant met aussi en avant les conséquences possibles sur les générations suivantes. Selon lui, des enfants qui grandissent principalement au contact de cultures étrangères peuvent finir par s’y adapter au point de s’éloigner de leurs propres références culturelles. Il dit avoir observé ce phénomène autour de lui.
« Le seul souci qui m’empêche actuellement de dormir, c’est le sentiment de regret que j’ai pour mon aventure », confie-t-il. Son dernier voyage à Mamou, effectué lors de la Tabaski, avait notamment pour objectif de prendre la température en vue d’un retour définitif en Guinée.
Un appel à chercher des perspectives en Guinée
Fort de cette expérience, Mamadou Lamine Barry conseille aux jeunes qui souhaitent partir de reconsidérer leur projet. Il estime qu’il est préférable de rester dans son pays et d’y rechercher des moyens de subsistance plutôt que de s’engager dans une aventure dont les conséquences peuvent être lourdes.
« Il est plus avantageux de rester et de chercher chez soi que de partir en aventure », soutient-il, ajoutant que l’on peut gagner sa vie partout où l’on travaille.
Son message s’adresse également aux Guinéens établis hors du pays. Il les invite à accorder une place centrale à l’éducation de base de leurs enfants et à préserver l’usage des langues nationales au sein des familles. À ses yeux, cette implication est nécessaire pour maintenir le lien avec les racines guinéennes malgré l’éloignement.
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