La décision de la junte militaire de Guinée-Bissau de barrer le retour d’exil de l’ancien président Umaro Sissoco Embalo suscite des réactions partagées à Bissau. Installé au Maroc depuis la prise de pouvoir par des militaires en novembre de l’année précédente, l’ancien dirigeant avait annoncé son intention de rentrer dimanche et de participer à l’élection présidentielle prévue en décembre.
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Les responsables militaires justifient cette restriction par les conditions de sécurité et la nécessité de préserver l’ordre public. Le pouvoir militaire a également réaffirmé que les interdictions visant les manifestations, les rassemblements et les réunions à caractère politique restaient en vigueur.
Des avis divergents dans la capitale
Dans les rues de Bissau, la mesure ne fait pas l’unanimité. Maimuna Seide estime que l’ancien président, en tant que citoyen, doit pouvoir prendre part à la vie politique. Pour elle, le choix des dirigeants revient à la population.
Lamine Djassi adopte une position différente sur les circonstances du retour annoncé. Il affirme qu’Embalo n’a pas été directement empêché de revenir, mais que les personnes chargées d’assurer sa sécurité ont indiqué ne pas être en mesure de le faire. Il précise toutefois ne pas être favorable à une interdiction de son entrée dans le pays.
Une candidature dans un contexte électoral contesté
La crise actuelle s’inscrit dans les suites d’une élection disputée au cours de laquelle Umaro Sissoco Embalo et un candidat de l’opposition avaient tous deux revendiqué la victoire. La prise de pouvoir militaire est intervenue le 26 novembre, un jour avant la publication attendue des résultats provisoires.
Depuis lors, Embalo vit en exil au Maroc. De nombreux observateurs l’ont soupçonné d’avoir orchestré le coup d’État afin d’interrompre un processus électoral qui semblait lui être défavorable. Cette interprétation reste toutefois présentée comme une suspicion et non comme un fait établi.
La candidature de l’ancien président pourrait par ailleurs être confrontée aux nouvelles règles constitutionnelles. Une Constitution approuvée lors d’un référendum en août a renforcé les pouvoirs présidentiels et modifié les règles électorales. Elle prévoit notamment que les candidats à la présidence doivent avoir résidé de manière continue dans le pays au cours des cinq années précédant le scrutin. L’incidence de cette disposition sur l’éligibilité d’Embalo demeure incertaine.
Une nouvelle phase de tension politique
Située entre le Sénégal et la Guinée, la Guinée-Bissau traverse depuis son indépendance du Portugal en 1974 une histoire politique marquée par cinq coups d’État et de nombreuses tentatives de putsch. Les restrictions maintenues par la junte réduisent encore les possibilités de mobilisation publique à l’approche du scrutin présidentiel de décembre.
Le projet de retour d’Umaro Sissoco Embalo place ainsi les autorités militaires face à une double exigence : invoquer la sécurité tout en gérant une contestation politique qui reste visible dans la capitale. La date exacte de l’élection et les conditions concrètes d’une éventuelle participation de l’ancien président n’ont pas été précisées.
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