À Bobo-Dioulasso, des danseurs sourds et malentendants ont trouvé une manière singulière de ressentir la musique. Au siège de l’organisation Au Déla de l’Handicap (ADH), ils participent à des séances au cours desquelles le rythme est perçu à travers les vibrations du sol et les mouvements du corps.
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La méthode, appelée « Vibra-Signe », a été développée par Yaya Sanou, qui dirige également le groupe. Les participants observent ses gestes et utilisent les vibrations transmises par le sol pour synchroniser leurs mouvements, sans avoir besoin d’entendre la musique.
Une pratique artistique et sociale
Pour Adama Sanou, danseur sourd et membre du groupe, l’envie de progresser repose notamment sur le plaisir de danser, la répétition et l’apprentissage. La pratique lui a aussi permis de poursuivre cette activité malgré l’opposition initiale de son père.
Yaya Sanou explique avoir commencé à proposer des cours après avoir constaté que des enfants et des jeunes de l’Institut des Jeunes Sourds du Faso restaient souvent entre eux et participaient peu aux activités socioculturelles. Il a alors décidé de leur enseigner la danse. Les changements observés dans leur quotidien l’ont convaincu de l’utilité de cette initiative.
La danse est ainsi présentée comme un moyen d’autonomisation, d’expression et de participation à la vie collective. Selon les éléments rapportés par le groupe, elle a également contribué à améliorer les compétences sociales des danseurs.
Une technique portée au-delà de Bobo-Dioulasso
La technique Vibra-Signe a aussi été utilisée par des membres de Fientan, une organisation dont le nom signifie « sans handicap » en dioula, selon les membres du groupe. En 2023, Fientan a remporté une médaille d’or en création chorégraphique aux Jeux de la Francophonie, organisés à Kinshasa, en République démocratique du Congo.
La production « Adepte de mon être » a par ailleurs été présentée en Allemagne et en Côte d’Ivoire. Ces expériences ont contribué à faire connaître la méthode au Burkina Faso et à l’étranger.
Le parcours de Yaya Sanou dans la danse a commencé dans les rues du quartier de Sarfalao, à Bobo-Dioulasso. Il y associait des danses traditionnelles apprises dans son environnement familial à des styles modernes.
Des obstacles persistants pour l’inclusion
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les personnes sourdes et malentendantes rencontrent encore des difficultés d’accès à la participation sociale. Le recensement de 2019, cité dans le reportage, estimait à environ 46 500 le nombre de personnes âgées d’au moins deux ans ayant une grande difficulté à entendre ou ne pouvant pas entendre du tout. Aucune donnée récente sur l’ensemble de cette population n’est toutefois disponible.
Le Burkina Faso a adopté des programmes d’éducation inclusive ainsi que des mesures destinées à améliorer l’accès des personnes handicapées au bien-être et aux conditions de vie. Des défenseurs des droits et des experts estiment cependant que leur application reste limitée, notamment en raison du manque d’enseignants formés, d’interprètes en langue des signes et de services d’accompagnement.
Le manque de ressources et un soutien gouvernemental jugé limité compliqueraient également l’épanouissement et la socialisation des personnes sourdes. Une étude de l’Institut des Sciences Sociales (INSS) indique en outre que 58 % des répondants ont une perception négative de la surdité, qu’ils associent à une malédiction ou à une punition spirituelle.
Dans ce contexte, le Vibra-Signe offre un espace où les danseurs peuvent développer leurs aptitudes, se produire ensemble et prendre leur place dans la société par le mouvement.
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