Somalie : les frappes américaines à Jamaame laissent des familles sans réponses
Autour de Jamaame, dans le sud de la Somalie, des familles continuent de vivre avec les conséquences de l’offensive de novembre 2025. Les autorités américaines reconnaissent des frappes dans la zone,...
JAMAAME, Somalie — Près d’un an après l’offensive menée autour de Jamaame, dans le sud de la Somalie, des familles cherchent toujours à comprendre l’origine des morts, des blessures et des destructions subies pendant les combats de novembre 2025.
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Les opérations avaient associé des frappes aériennes américaines à l’avancée de forces somaliennes au sol contre des positions d’al-Shabab dans les villages environnants. Les autorités de Jubaland ont affirmé que les forces fédérales et régionales, dont l’unité commando Danab formée avec l’appui des États-Unis, avaient participé aux opérations.
Des familles durement touchées
Maryam Haji Abdi Guled affirme que trois de ses six enfants ont été blessés lors des bombardements près de leur domicile. Son fils Abdiqadir Salah a subi les blessures les plus graves. La famille a mis plus de 24 heures à rejoindre Mogadiscio, où le jeune homme a finalement pu recevoir des soins.
En septembre 2026, une opération a permis de retirer deux éclats de métal de son corps. Les médecins ont toutefois laissé un troisième fragment en place, estimant qu’une intervention présentait un risque de paralysie. Maryam a expliqué qu’elle accompagnait elle-même son fils à l’école, par crainte qu’un autre enfant ne le bouscule.
D’autres habitants livrent des récits tout aussi lourds. Ali Aden Borrow, un agriculteur âgé de 52 ans, affirme que sa femme, enceinte de neuf mois, et leur enfant à naître ont été tués par des débris qui l’ont frappée au cou alors qu’elle tentait de fuir les combats. Nuur Ali Nuur raconte pour sa part que son épouse a été paralysée à partir de la taille après avoir été blessée. Leur plus jeune fille a également subi des blessures légères.
Ugaas Ahmed Ugaas Said Ali estime que Maryam fait partie des personnes ayant eu la possibilité d’accéder à des soins à Mogadiscio. Selon lui, de nombreux blessés sont restés à Jamaame, faute de moyens pour rejoindre la capitale. Les dommages aux routes et aux infrastructures auraient également compliqué l’accès à une prise en charge médicale durable.
Des bilans difficiles à attribuer
Un réseau de suivi conduit par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a recensé 12 morts civils et 22 800 personnes ayant fui Jamaame et les villages voisins entre le 16 et le 18 novembre 2025. Ces chiffres concernent les conséquences combinées des frappes aériennes et des combats au sol. Ils ne permettent donc pas d’établir la responsabilité de chaque décès.
Le commandement américain pour l’Afrique, AFRICOM, a reconnu avoir mené des frappes les 14 et 15 novembre 2025. Il n’a pas précisé leur nombre ni les munitions utilisées. Après examen de signalements faisant état de 10 à 12 civils tués, l’organisation a indiqué que les informations disponibles ne permettaient pas de conclure que les opérations américaines avaient, selon son propre seuil d’évaluation, « plus probablement qu’autrement » causé les pertes humaines et les dégâts signalés.
Cette conclusion ne constitue pas une preuve de l’absence de dommages causés par les frappes américaines. AFRICOM a indiqué que son évaluation pourrait être rouverte si de nouveaux éléments apparaissaient. Le général Dagvin Anderson a également déclaré que les signalements crédibles de dommages infligés aux civils faisaient l’objet d’enquêtes.
Une campagne aérienne en expansion
Les opérations américaines en Somalie se sont intensifiées sous la présidence de Donald Trump. Les registres publics d’AFRICOM font état de 84 frappes jusqu’en septembre 2026, tandis que la New America Foundation en a recensé 88. Une analyse d’Airwars estime que leur rythme a été environ quatre fois supérieur à celui observé sous Joe Biden.
Après son arrivée au pouvoir, l’administration Trump a rendu aux commandants militaires une plus grande autorité pour approuver les frappes, dans le cadre de sa stratégie antiterroriste de 2026. Washington affirme agir en coordination avec le gouvernement fédéral somalien contre al-Shabab et le groupe armé affilié à l’organisation État islamique.
Des chercheurs et des responsables somaliens ont toutefois averti que les dommages infligés aux civils pouvaient nourrir les griefs exploités par les groupes armés à des fins de propagande et de recrutement. La législation américaine prévoit jusqu’à trois millions de dollars par an pour des paiements discrétionnaires liés aux morts, aux blessures ou aux dégâts matériels causés lors d’opérations militaires américaines ou alliées. Leur versement dépend cependant des circonstances et de plusieurs conditions.
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