Yémen : la faim s’aggrave dans les zones contrôlées par le gouvernement
L’intensification des combats au Yémen a déplacé des dizaines de milliers de personnes et perturbé les approvisionnements. Le PAM demande 109 millions de dollars pour renforcer son aide.
La situation alimentaire se détériore rapidement au Yémen, notamment dans les zones accessibles contrôlées par le gouvernement. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 74 % des ménages de ces territoires ne peuvent plus satisfaire leurs besoins alimentaires essentiels, un niveau présenté comme le plus élevé de l’année.
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Ces zones abritent environ 10 millions de personnes. D’après le PAM, l’aggravation de la faim intervient alors que les combats se sont intensifiés, provoquant le déplacement de dizaines de milliers de personnes et perturbant les circuits d’approvisionnement.
Des familles déplacées sans nourriture ni eau
Des familles ayant fui les affrontements sont arrivées à l’extérieur d’Aden et dans les environs de Taiz sans nourriture ni eau. Le déplacement de population accroît la pression sur les communautés d’accueil et sur les dispositifs d’assistance déjà confrontés à un manque de ressources.
La crise dépasse également les frontières du pays. À la fin du mois de septembre, plus de 3 700 personnes ayant fui les combats avaient atteint Djibouti en traversant le détroit de Bab el-Mandeb, selon le PAM. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime pour sa part que plus de 149 000 personnes ont été déplacées au Yémen, certaines à plusieurs reprises.
Un système alimentaire sous pression
Le Yémen importe environ 90 % de ses denrées alimentaires. La perturbation des marchés, les difficultés d’acheminement et la réduction de l’accès à l’aide humanitaire aggravent donc rapidement les conséquences des affrontements sur les ménages.
Le conflit oppose les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite au groupe houthi aligné sur l’Iran. Les Houthis contrôlent une grande partie du nord du pays, notamment Sanaa. La nouvelle escalade est décrite comme la plus grave entre les parties depuis la trêve négociée par l’Organisation des Nations unies en 2022, qui avait largement interrompu les attaques transfrontalières.
Matthew Hollingworth, directeur exécutif adjoint du PAM chargé des opérations de programme, a averti que la poursuite des combats pourrait avoir des conséquences « absolument dévastatrices » pour la sécurité alimentaire. Il a également prévenu que la crise de la faim continuerait de s’étendre si l’escalade se prolongeait.
Les perturbations autour du détroit de Bab el-Mandeb et du détroit d’Ormuz pourraient par ailleurs entraîner une hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires et du carburant, a ajouté le responsable du PAM. Cet impact demeure toutefois présenté comme un risque.
Le PAM réclame des financements
Face à l’urgence, le PAM a annoncé le renforcement de sa réponse afin d’atteindre jusqu’à 1,5 million de personnes. L’agence demande 109 millions de dollars pour financer cette opération.
Faute de ressources suffisantes, le PAM a déjà réaffecté des moyens initialement destinés à certaines distributions alimentaires prévues en novembre. L’agence avertit que l’aide aux personnes déplacées les plus vulnérables pourrait être interrompue dans un délai d’un mois sans nouveau financement.
À l’échelle nationale, 18,3 millions de personnes sont confrontées à une grave insécurité alimentaire au Yémen, dont 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë, selon les données communiquées par le PAM.
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