Une nouvelle option de prévention du VIH suscite de grands espoirs, mais son accès demeure incertain pour de nombreux pays. Le lenacapavir, un médicament injectable développé par le laboratoire américain Gilead Sciences, peut être administré deux fois par an.
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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé le lenacapavir injectable à longue durée d’action comme une option supplémentaire de prophylaxie préexposition, ou PrEP. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) l’a autorisé pour la prévention du VIH en juin 2025.
Des résultats sans infection dans un essai
Lors d’un essai clinique mené en 2024 auprès de plus de 2 000 jeunes femmes en Afrique du Sud et en Ouganda, aucune participante ayant reçu du lenacapavir n’a contracté le VIH.
Pour Carlota Baptista da Silva, responsable mondiale du VIH à Médecins sans frontières (MSF), cette efficacité fait du produit l’une des innovations les plus importantes de ces dernières années. « C’est l’outil le plus innovant arrivé dans le domaine du VIH depuis une décennie, car c’est ce qui se rapproche le plus d’un vaccin », a-t-elle déclaré.
À la différence de la PrEP orale quotidienne, qui exige une prise régulière pour rester efficace, l’injection semestrielle pourrait faciliter la prévention pour les personnes ayant des difficultés à suivre un traitement quotidien. MSF estime qu’elle pourrait également être utile dans les situations de conflit ou de crise humanitaire, où l’accès aux soins et la continuité des traitements sont souvent fragilisés.
Les génériques attendus à partir de 2027
Gilead indique fournir gratuitement, sans réaliser de bénéfice, son propre produit à des programmes soutenus par le Fonds mondial et le Plan présidentiel américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR). Des déploiements sont en cours en Afrique du Sud, au Kenya, en Zambie, au Nigeria et en Eswatini.
Le laboratoire a par ailleurs autorisé six fabricants à produire des versions génériques. Leur déploiement à grande échelle est attendu en 2027. Le prix américain du lenacapavir est estimé à environ 28 000 dollars par personne et par an, tandis que le coût du générique pourrait atteindre près de 40 dollars par personne et par an. Ce dernier montant reste toutefois une projection et non un tarif confirmé dans les pays concernés.
Gilead prévoit de fournir suffisamment de doses pour jusqu’à trois millions de personnes d’ici à 2028, le temps que la production générique augmente. MSF juge cette capacité très inférieure aux besoins mondiaux, estimés à près de 20 millions de personnes devant pouvoir bénéficier d’une PrEP pour réduire sensiblement les nouvelles infections.
Des exclusions dénoncées par MSF
Selon MSF, au moins 26 pays à revenu intermédiaire ne sont pas couverts par l’accord de licence générique de Gilead. Le Brésil, le Mexique, l’Argentine et le Pérou figurent parmi les pays cités. L’organisation estime que ces États représentaient près de 23 % des nouvelles infections à VIH dans le monde en 2023.
Gilead a annoncé un accord distinct avec l’Organisation panaméricaine de la santé pour établir une voie d’accès dans 14 pays d’Amérique latine et des Caraïbes. MSF estime toutefois que ce mécanisme pourrait maintenir ces pays dans une dépendance au produit du laboratoire, sans leur garantir automatiquement l’achat de versions génériques moins coûteuses.
Carlota Baptista da Silva affirme également que Gilead n’a pas autorisé MSF à acheter directement le médicament pour ses programmes médicaux, malgré plus d’un an de demandes. « Les personnes vivant dans des zones de conflit ou des crises humanitaires ne peuvent pas être les dernières à bénéficier de l’innovation médicale », a-t-elle déclaré.
Les règles de l’Organisation mondiale du commerce permettent, dans certaines circonstances, aux gouvernements d’autoriser l’utilisation de brevets, d’importer ou de produire des versions moins chères et de contester des protections. La Déclaration de Doha de 2001 a réaffirmé ce droit au nom de la santé publique. Le Brésil avait déjà délivré en 2007 une licence obligatoire pour l’efavirenz, un autre médicament contre le VIH.
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