Cinq ans après le 5 septembre 2021, la refondation guinéenne est présentée comme un processus destiné à renforcer l’efficacité de l’État, la souveraineté nationale et les bases d’un développement durable. Dans un entretien, le journaliste et analyste géopolitique Oumar Kateb Yacine met en avant les réformes engagées, les grands projets économiques et les défis qui restent à relever.
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Parmi les acquis cités figurent l’assainissement des fichiers de la fonction publique, la modernisation des procédures administratives, la mobilisation des recettes publiques et la création de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Oumar Kateb Yacine recommande toutefois de poursuivre ces efforts afin de consolider la gouvernance et l’efficacité de l’action publique.
Simandou, un projet au-delà de la mine
Le projet Simandou occupe une place centrale dans cette stratégie. Il associe l’exploitation minière au développement d’un réseau ferroviaire, d’infrastructures portuaires et de perspectives industrielles. Oumar Kateb Yacine indique que le démarrage officiel de l’exploitation a eu lieu en novembre 2025.
À ses yeux, les retombées attendues ne doivent pas se limiter aux exportations de minerai. Le projet pourrait également soutenir le transport, la maintenance, l’énergie, la sous-traitance, les services et la formation professionnelle. « Simandou ne doit pas être seulement une réussite minière. Il doit devenir une réussite économique et sociale pour l’ensemble du peuple guinéen », affirme-t-il.
Cette ambition est intégrée au programme Simandou 2040, présenté comme reposant sur 122 mégaprojets et 36 réformes structurantes. Cinq domaines sont retenus : l’agriculture et le commerce, l’éducation et la culture, les infrastructures et les technologies, l’économie et la finance, ainsi que la santé et le bien-être.
Infrastructures et transformation locale
La modernisation du réseau routier et la construction d’échangeurs à Conakry, notamment à Bambéto et Kagbelen, figurent parmi les investissements évoqués. La transformation locale des ressources minières constitue également un axe majeur.
Les travaux d’une raffinerie d’alumine portée par State Power Investment Corporation ont commencé le 26 mars 2025 à Boffa. Sa capacité prévue est de 1,2 million de tonnes d’alumine par an. D’autres projets sont mentionnés à Dobali, dans la préfecture de Boké, et à Démougala, dans la préfecture de Boffa. Oumar Kateb Yacine affirme aussi qu’une raffinerie d’or a commencé ses activités et que la Guinée exporte désormais de l’or raffiné produit sur son territoire.
Agriculture et secteurs sociaux
L’agriculture est présentée comme un autre pilier de la diversification. Des données communiquées par le gouvernement en mars 2026 font état de 14 700 hectares aménagés et de 507 tracteurs distribués. L’analyste souligne cependant les besoins persistants en mécanisation, irrigation, stockage, transformation et financement. « La Guinée ne doit pas choisir entre le développement minier et l’agriculture », insiste-t-il.
Dans les secteurs sociaux, le Projet de transformation du système de santé a été lancé en juin 2026 dans le cadre de Simandou 2040, avec un financement annoncé de 95 millions de dollars du Groupe de la Banque mondiale et du Mécanisme de financement mondial. Les initiatives citées comprennent également la réception de 280 logements sociaux à Sonfonia Lac, le lancement d’un programme de 925 logements supplémentaires et un projet destiné aux fonctionnaires à Kaloum, comprenant 370 logements et 96 boutiques.
Des défis persistants
Oumar Kateb Yacine appelle à convertir les investissements en emplois, en services publics et en compétences nationales. Il insiste sur la formation professionnelle, l’accès des agriculteurs aux équipements et au crédit, ainsi que sur la nécessité de rendre les logements accessibles et proches des services essentiels.
Il évoque aussi la diversification des partenariats extérieurs avec la Chine, les pays africains, l’Union européenne, les États-Unis, les pays du Golfe et les économies émergentes. La participation de Mamadi Doumbouya au Forum sur la coopération sino-africaine à Pékin, en septembre 2024, est présentée comme un élément du dialogue économique. « La souveraineté ne signifie pas l’isolement », rappelle l’analyste.
Sur le plan institutionnel, il mentionne l’adoption d’une nouvelle Constitution par référendum en septembre 2025, la tenue d’une élection présidentielle en décembre 2025 et l’installation de nouvelles institutions en 2026. Il appelle enfin à accorder une attention particulière à l’environnement, aux zones minières et à l’accès aux services sociaux. « Mon message est celui de la confiance et de la responsabilité collective », conclut-il.
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