Une enquête judiciaire est ouverte sur la gestion de la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG SA). La décision a été prise par le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Charles Wright, dans une réquisition datée du 14 octobre 2026 adressée au Directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).
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La procédure fait suite à une dénonciation de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG), après des investigations consacrées à la gestion financière de l’entreprise publique. La PCG SA assure l’approvisionnement exclusif de l’État en médicaments et produits de santé.
Une forte dégradation des résultats financiers
Les éléments transmis à la justice font état d’un changement marqué de la situation financière de la société. La PCG SA aurait enregistré un résultat bénéficiaire de 7,6 milliards de francs guinéens en 2023, puis de 2,8 milliards en 2024. Pour 2025, une perte nette estimée à 100,68 milliards de francs guinéens est évoquée.
Les investigations citées dans la procédure attribuent principalement cette dégradation à une importante vague de péremption et de détérioration de stocks pharmaceutiques. Les montants avancés présentent toutefois des écarts entre les rapports de gestion de la société et les conclusions des missions d’inventaire. Les enquêteurs signalent également une concentration inhabituelle des pertes autour de la kétamine, dont la valeur des produits périmés ou détériorés dépasserait 24 milliards de francs guinéens.
Des irrégularités techniques auraient par ailleurs été relevées lors de la réception de certains médicaments. Elles concernent notamment des livraisons non conformes, des sous-dosages de produits injectables et des défaillances liées au conditionnement. La conformité des produits, leur traçabilité et les conditions ayant conduit à leur péremption doivent encore être établies.
Des marchés et des opérations financières examinés
Le parquet spécial demande également des vérifications sur les procédures d’acquisition conduites entre 2021 et 2023. D’après les constats de l’ANLC-PBG, plusieurs marchés auraient été attribués de gré à gré à une quinzaine de fournisseurs, sans mise en concurrence préalable ni autorisations prévues par la réglementation.
Cinq entreprises sont particulièrement citées dans les éléments examinés au sujet de livraisons de produits déclarés périmés : Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex. Ces mentions relèvent de la procédure en cours et ne préjugent pas de la responsabilité de ces fournisseurs.
Les investigations préliminaires portent aussi sur de possibles conflits d’intérêts concernant plusieurs directeurs généraux de la PCG depuis 2020. Ceux-ci auraient détenu ou exploité des pharmacies privées concurrentes. À ce stade, aucun élément ne permet d’établir que ces liens ont influencé les marchés ou procuré un avantage indu.
Deux opérations financières retiennent enfin l’attention des enquêteurs : une avance de 8,83 milliards de francs guinéens liée à la construction de l’agence régionale de N’Zérékoré et un virement de 75 milliards destiné à l’acquisition de kits sanitaires.
Les missions confiées à l’ORDEF
L’ORDEF doit exploiter les auditions déjà réalisées par l’ANLC-PBG, analyser les flux financiers et contrôler la chaîne d’approvisionnement des médicaments. Les vérifications devront aussi porter sur la régularité des marchés, la sélection des fournisseurs et les responsabilités individuelles liées à la gestion de la PCG SA entre 2020 et 2025.
La procédure vise à déterminer si les pertes constatées relèvent de dysfonctionnements de gestion ou de faits susceptibles de recevoir une qualification pénale. Les soupçons de détournement de deniers publics, de violation du Code des marchés publics, de corruption et de faux en écriture publique restent, à ce stade, soumis aux conclusions de l’enquête.
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