La chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a rejeté, lundi 12 octobre 2026, la demande de mise en liberté formulée par la défense de Me Sory Daouda Camara et de Me Mandjou Sangaré. Les deux huissiers restent ainsi détenus dans le cadre de la procédure qui les oppose au parquet spécial et à Ecobank Guinée.
Les prévenus sont placés sous mandat de dépôt depuis le 29 septembre 2026. Me Sory Daouda Camara est l’ancien président de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée. Me Mandjou Sangaré travaillait alors comme stagiaire auprès de lui.
Le représentant d’Ecobank entendu
Au cours de l’audience, Alexandre Koulémou, directeur adjoint des services juridiques d’Ecobank, a été entendu en qualité de représentant de la partie civile. Son intervention a porté sur une procédure de saisie-attribution de créances visant la société Africof.
D’après son récit, Me Mandjou Sangaré s’était présenté dans les locaux d’Ecobank en avril 2018 afin de signifier un procès-verbal relatif à cette saisie. La direction juridique de la banque lui aurait demandé de produire la preuve que l’ordonnance de saisie avait auparavant été signifiée au débiteur concerné.
Alexandre Koulémou a déclaré que le document n’avait ensuite pas été rapporté à la banque. Ecobank a par la suite été assignée devant le tribunal de première instance de Kaloum pour le paiement des causes de la saisie. C’est au cours de cette procédure, a-t-il expliqué, que la banque aurait découvert que l’acte avait été signifié par un clerc non assermenté.
Selon le représentant de la banque, cette procédure a conduit à une condamnation d’Ecobank devant la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA), pour un montant de deux millions de dollars. Il a également fait état d’un commandement de payer signifié à la banque ainsi que de trois saisies-attributions de créances portant sur ses avoirs et ses véhicules.
Alexandre Koulémou a par ailleurs affirmé que les comptes d’Africof avaient été clôturés dans les livres d’Ecobank quatre ans avant les faits examinés.
Des accusations contestées devant la justice
Ecobank Guinée accuse les deux huissiers d’escroquerie au jugement, de faux et usage de faux en écritures publiques et authentiques, d’usurpation de titre et de fonction, ainsi que de complicité. Ces accusations sont examinées dans le cadre de la procédure en cours et ne constituent pas, à ce stade, une condamnation définitive.
Après les débats et l’examen de la demande de liberté, la CRIEF a décidé de maintenir les deux prévenus en détention. Le dossier a été renvoyé au 19 octobre 2026, date retenue pour les réquisitions du parquet spécial et les plaidoiries des parties.
L’incarcération des deux huissiers a également provoqué une réaction de leur organisation professionnelle. La Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée a déclenché une grève générale et illimitée sur l’ensemble du territoire national. Le mouvement est indiqué comme étant en cours depuis le 8 octobre 2026.
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