Le retard des pluies observé cette année en Guinée suscite des inquiétudes pour l’agriculture et la gestion des risques naturels. Le spécialiste environnemental Abdoulaye Diallo l’attribue principalement à une perturbation de la mousson ouest-africaine, dans un contexte marqué par le changement climatique.
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« D’un point de vue scientifique, le retard observé cette année s’explique principalement par une perturbation de la mousson ouest-africaine, qui apporte habituellement l’essentiel des pluies en Guinée », explique-t-il.
Des saisons moins régulières
Selon Abdoulaye Diallo, le régime des précipitations évolue progressivement dans les quatre régions naturelles du pays. Les pluies peuvent commencer plus tard, être interrompues par des périodes sèches ou se concentrer dans des épisodes plus intenses sur une courte durée.
Cette évolution est associée à plusieurs facteurs, dont le réchauffement des océans et les changements dans la circulation de l’air. Le spécialiste rappelle également que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) établit que le réchauffement observé depuis plusieurs décennies est principalement lié aux émissions humaines de gaz à effet de serre.
À l’échelle nationale, la déforestation, les feux de brousse, l’exploitation non durable des ressources naturelles et l’urbanisation rapide mal maîtrisée peuvent, selon lui, renforcer localement les effets du dérèglement climatique. « Les activités humaines contribuent fortement au changement climatique qui perturbe progressivement le système climatique », souligne-t-il.
Une pression accrue sur les cultures pluviales
Le décalage des saisons affecte directement les calendriers agricoles, en particulier ceux du riz, du maïs et de l’arachide. Lorsque les semis ne coïncident plus avec les périodes où l’humidité du sol est suffisante, les rendements peuvent diminuer.
Les agriculteurs peuvent aussi être confrontés à un choix difficile. Des pluies précoces suivies d’une longue période sèche peuvent entraîner la perte des semences lorsque les semis sont réalisés trop tôt. À l’inverse, attendre une installation plus stable des précipitations réduit la durée disponible pour la culture.
Les besoins en eau et les risques ne sont toutefois pas les mêmes partout. La pluviométrie annuelle peut dépasser 3 000 millimètres sur le littoral, tandis que certaines zones de Haute-Guinée reçoivent autour de 1 000 à 1 300 millimètres par an. Cette diversité renforce la nécessité d’adapter les réponses aux réalités de chaque zone.
Le risque d’inondation en période de fortes pluies
Le retard des précipitations ne signifie pas nécessairement une saison moins arrosée. Lorsque les pluies se concentrent sur des périodes courtes, leur intensité peut accroître le risque d’inondations. Abdoulaye Diallo évoque également un stress hydrique en début de saison, la dégradation des sols et des perturbations des écosystèmes.
Pour limiter ces effets, il recommande de renforcer les réseaux d’observation météorologique et les systèmes d’alerte précoce. Il préconise aussi une meilleure gestion des bassins versants, la cartographie et la protection des zones inondables, ainsi que l’amélioration des réseaux de drainage.
L’expert plaide en outre pour l’application rigoureuse des plans d’urbanisme, le reboisement, l’agroforesterie et le recours à des techniques agricoles plus résilientes. Il invite les citoyens à préserver le couvert végétal, à éviter l’occupation des zones exposées aux inondations et à gérer correctement les déchets afin de ne pas obstruer les ouvrages d’évacuation des eaux.
Pour Abdoulaye Diallo, l’adaptation doit privilégier l’anticipation plutôt que la seule réaction après les catastrophes. Il estime qu’elle doit désormais être considérée comme un enjeu de développement et de sécurité nationale.
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