ONU : le prochain secrétaire général face à un chantier de réformes sans précédent
Le prochain secrétaire général de l’ONU devra renforcer une institution en difficulté, appelée à retrouver son influence dans la gestion des conflits et à s’adapter aux réalités du XXIe...
Le prochain secrétaire général des Nations unies prendra ses fonctions le 1er janvier dans un contexte particulièrement difficile pour l’organisation. Âgée de 81 ans, l’ONU est confrontée à une perte d’influence diplomatique, à de graves tensions financières et à des appels persistants en faveur d’une réforme de ses institutions.
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Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’organisation demeure structurée autour des puissances victorieuses de ce conflit. Elle a été écartée des efforts menés au plus haut niveau pour tenter de mettre fin aux guerres en Iran, en Ukraine et à Gaza. Cette marginalisation alimente les interrogations sur sa capacité à remplir pleinement sa mission de prévention des conflits et de maintien de la paix.
Une institution appelée à se réinventer
La réforme de l’ONU devrait constituer la priorité centrale du prochain secrétaire général. L’objectif affiché est de rendre l’organisation plus conforme aux réalités du XXIe siècle, alors que les rapports de force mondiaux ont profondément évolué depuis sa création.
« Le monde n’a pas besoin d’une ONU plus faible », avait déclaré Antonio Guterres lors de son discours d’adieu devant l’Assemblée générale. Après dix années à la tête de l’organisation, le secrétaire général sortant a appelé à disposer d’une institution « suffisamment forte pour faire face au monde tel qu’il est » et « suffisamment déterminée pour construire le monde tel qu’il devrait être ».
Dans cette perspective, plusieurs dossiers devront être traités : la restauration de la confiance dans le multilatéralisme, la lutte contre les inégalités, l’accélération de l’action climatique et l’encadrement de l’intelligence artificielle. Antonio Guterres a également appelé à défendre le droit international avant que l’impunité ne se normalise et à mettre fin aux guerres avant qu’elles ne marquent plusieurs générations.
La médiation des conflits au centre des attentes
La capacité du futur secrétaire général à jouer un rôle direct dans les crises internationales sera également scrutée. Kizito Byenkya, directeur du plaidoyer à l’Open Society Institute, estime que la prochaine direction héritera de la tâche la plus considérable que l’ONU ait connue depuis des décennies, en raison de l’ampleur du processus de réforme engagé.
Il relève aussi une forte pression pour que le secrétaire général intervienne davantage dans la médiation des conflits. En citant l’ancien secrétaire général Kofi Annan, présenté comme un médiateur et un négociateur expérimenté, il s’interroge sur la place actuellement occupée par l’ONU dans les crises de Gaza, du Soudan et d’Ukraine.
Des finances sous tension
La situation budgétaire constitue un autre obstacle majeur. Les difficultés financières de l’organisation, principalement liées aux milliards de dollars dus par les États-Unis, ont entraîné d’importantes réductions dans les programmes humanitaires et de développement.
L’ONU a également engagé des coupes budgétaires, des regroupements de programmes et d’agences, ainsi que la suppression de centaines de mandats imposant des actions et des rapports au Secrétariat. Malgré ces restrictions, elle reste un acteur important de l’aide humanitaire et du développement.
Le dossier sensible du Conseil de sécurité
La réforme du Conseil de sécurité demeure l’un des dossiers les plus complexes. Les 193 États membres souhaitent que cet organe reflète davantage le monde contemporain, mais ils restent profondément divisés sur les modalités de son élargissement.
Les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France disposent d’un siège permanent et d’un droit de veto qui leur confère un contrôle déterminant sur les décisions du Conseil. L’Afrique, qui compte environ 1,5 milliard d’habitants, ne dispose pour sa part d’aucun siège permanent.
Lors de la semaine de haut niveau des Nations unies, le président ghanéen John Mahama a soutenu une réforme allant au-delà d’une simple concession au continent africain. « La réforme du Conseil de sécurité n’est pas une faveur faite à l’Afrique », a-t-il déclaré, la présentant comme une nécessité pour la légitimité, la crédibilité et la survie de l’ONU.
Il a également dénoncé la fragmentation internationale, l’aggravation des inégalités, l’érosion de la confiance dans les institutions multilatérales et la progression de l’unilatéralisme. Pour le prochain secrétaire général, ces défis devront être affrontés simultanément afin de redonner à l’organisation une capacité d’action correspondant à sa mission fondatrice.
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