Les forces fédérales éthiopiennes et des combattants alliés ont pris le contrôle de Mekelle, capitale régionale du Tigré, après le retrait du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). La progression des forces gouvernementales, confirmée par plusieurs sources présentes dans la région, intervient alors que les combats se sont intensifiés dans le nord de l’Éthiopie.
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Le TPLF a confirmé samedi son retrait de la ville. Dans un communiqué, le mouvement a indiqué que son administration régionale fonctionnerait provisoirement depuis un autre lieu. Il a présenté cette décision comme une mesure tactique destinée à éviter de nouvelles destructions à Mekelle, tout en affirmant que ses forces poursuivraient le conflit depuis d’autres positions.
Des forces fédérales et des combattants alliés, dont des membres de la Tigray Peace Force, sont ensuite entrés dans la capitale régionale. Goitom, un résident de Mekelle âgé de 37 ans, a déclaré que les forces alliées au gouvernement avaient pris des sites stratégiques, notamment l’aéroport.
« Vendredi soir, nous entendions des tirs sans savoir ce qui se passait », a-t-il raconté. Pour cet habitant, la situation donne le sentiment d’un retour au point de départ, alors que la population redoute de nouvelles violences et leurs conséquences sur les familles.
Une reprise des combats aux conséquences incertaines
La prise de Mekelle fait craindre une nouvelle phase prolongée du conflit. Les affrontements se sont également étendus à l’Afar. À Addis-Abeba, des explosions ont été entendues dans plusieurs secteurs de la capitale, notamment à proximité du quartier général de l’armée éthiopienne.
Une source liée à une alliance d’opposition a affirmé que le groupe avait mené des frappes de drones contre Addis-Abeba, notamment contre des installations militaires. Cette affirmation n’a toutefois pas pu être vérifiée de manière indépendante, et l’identité des auteurs des explosions reste incertaine.
À Shire, dans le nord-ouest du Tigré, Berihu, un chauffeur de bajaj de 32 ans, a dit craindre le retour d’une guerre à grande échelle. Il a rappelé que le précédent conflit avait déjà lourdement frappé la population et estimé que les civils risquaient une nouvelle fois d’en payer le prix. « Nous avons déjà assez souffert », a-t-il déclaré, appelant à la fin des combats.
À Addis-Abeba, Abel, un commerçant de 30 ans, a expliqué que les affrontements au Tigré semblaient auparavant lointains, mais que les explosions dans la capitale avaient changé cette perception. Il redoute qu’un élargissement de la guerre ne frappe l’économie et la population. Un étudiant, Bisrat, a pour sa part dit craindre de voir l’Éthiopie connaître une situation comparable à celle du Soudan, en guerre depuis avril 2023.
L’accord de Pretoria fragilisé
La nouvelle offensive intervient moins de quatre ans après l’accord de Pretoria, signé en novembre 2022 sous la facilitation de l’Union africaine. Ce texte avait mis fin aux combats de grande ampleur entre le gouvernement fédéral et le TPLF.
Plusieurs dossiers étaient toutefois restés sans règlement, notamment le statut des territoires contestés, le retour des personnes déplacées et le désarmement des forces tigréennes. Des affrontements sporadiques et des frappes de drones avaient aussi été signalés dans certaines zones du Tigré.
En juillet, le TPLF avait déclaré que l’accord avait échoué, accusant le gouvernement fédéral de ne pas avoir appliqué des dispositions essentielles. Addis-Abeba a rejeté cette lecture, affirmant rester attachée au processus de paix et accusant le mouvement tigréen de saper l’accord.
Le gouvernement fédéral veut désormais restaurer son autorité dans la région et installer une nouvelle administration. Abraham Belay, ancien président de l’Administration intérimaire du Tigré, a indiqué que des préparatifs étaient en cours pour créer une structure intérimaire et organiser des élections régionales dans quelques mois.
Les tensions avec l’Érythrée s’aggravent
La crise a également détérioré les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Des responsables éthiopiens accusent Asmara d’interférer dans les affaires intérieures du pays et de soutenir des forces opposées au gouvernement fédéral, ce que l’Érythrée rejette.
Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a annoncé la fermeture de l’ambassade à Asmara et déclaré dix diplomates érythréens persona non grata, leur reprochant des activités considérées comme une menace pour la sécurité nationale. L’Érythrée a ensuite annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie.
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