Le Sénégal est appelé à revoir en profondeur sa politique de dette extérieure après l’annonce, plus tôt en octobre, d’un nouveau programme de prêt de 2,2 milliards de dollars conclu avec le Fonds monétaire international (FMI). Une analyse consacrée à la situation du pays estime que la réponse ne devrait pas se limiter à de nouveaux financements et à des programmes d’ajustement.
Table Of Content
Le précédent accord avec le FMI avait été suspendu après la découverte, en juillet 2024, d’une dette dissimulée représentant environ 25 % du produit intérieur brut. D’après l’analyse, cette dette a porté l’endettement public à plus de 130 % du PIB et déclenché une vive indignation ainsi qu’un débat sur la gestion des finances publiques.
Le texte avance également qu’un recalcul de la dette publique à la fin de 2023 l’aurait établie à 99 % du PIB, contre 74 % dans les chiffres communiqués initialement, soit un écart de 25 points. Il précise que le FMI a attribué cette différence au gouvernement sénégalais, sans détailler dans le passage examiné la réponse des autorités.
Un audit citoyen proposé
Face à cette situation, l’analyse recommande au Parlement sénégalais et à la société civile de mettre rapidement en place les conditions institutionnelles d’un audit citoyen de la dette. Cet examen devrait porter sur l’ensemble des emprunts contractés entre 2019 et 2024.
La démarche proposée consisterait notamment à déterminer si les dettes sont légales, légitimes et conformes à l’intérêt général. Le texte préconise aussi de suspendre le remboursement des créances contestées pendant la durée de l’audit. Il demande par ailleurs que tout nouvel emprunt public soit soumis à une autorisation parlementaire préalable et à une divulgation complète.
Sur le plan budgétaire, l’auteur recommande une fiscalité davantage ciblée sur les industries extractives et les personnes fortunées, plutôt qu’une hausse générale des impôts accompagnée d’une réduction des dépenses sociales. Il propose également de préserver un niveau minimal d’investissement public dans les infrastructures, la transformation agro-industrielle et l’énergie.
Renforcer la transparence financière
Les instruments dérivés liés à la dette intérieure, notamment les Total Return Swaps, devraient selon cette analyse être plafonnés et soumis à la publicité de leurs conditions. Des garanties spécifiques sont aussi proposées pour les recettes tirées des hydrocarbures, avec notamment un fonds de stabilisation transparent et une supervision associant citoyens et parlementaires.
L’analyse suggère en outre l’introduction d’une clause permettant de revenir sur de nouvelles conditionnalités en cas de choc économique majeur. Elle critique une approche qui ferait des institutions financières internationales le principal recours pour gérer la dette extérieure et souligne que les emprunts en devises étrangères alourdissent fortement les paiements.
Une réponse à construire à l’échelle africaine
Le Sénégal est invité à coopérer avec les autres pays africains confrontés à l’endettement afin de peser collectivement sur les conditions de restructuration. L’objectif serait de bâtir une coalition Sud-Sud, en coordination avec l’Union africaine, pour défendre notamment un moratoire de 20 à 30 ans sur le service de la dette sous certaines conditions.
Le texte recommande aussi une mutualisation régionale du risque de liquidité au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il évoque enfin l’ouverture d’un processus destiné à établir une monnaie propre avec d’autres pays utilisant le franc CFA ouest-africain.
Cette orientation s’inscrit dans une critique plus large des programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. L’analyse leur attribue des effets de stagnation, d’augmentation de la pauvreté et de faible transformation économique au Sénégal. Elle cite également la Zambie et l’Éthiopie comme exemples de pays africains ayant rencontré de graves difficultés de dette dans le cadre de programmes soutenus par le FMI.
Au Sénégal, le parti Pastef avait remporté 80 % des sièges lors des élections législatives de novembre mentionnées dans le texte. Pour l’auteur, l’agenda de souveraineté porté par cette dynamique politique demeure menacé par l’évolution de la politique d’endettement.
Aucun commentaire ! Soyez le premier à commenter.