Le projet de raffinerie de pétrole porté par le groupe Dangote est entré dans sa phase de construction à Lamu, une île kényane située sur la côte de l’océan Indien. Le lancement du chantier s’est déroulé mercredi en présence de plusieurs chefs d’État.
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Présenté comme la deuxième plus grande raffinerie d’Afrique et le plus important projet industriel jamais engagé au Kenya, l’investissement est évalué à 16 milliards de dollars. L’entreprise prévoit une mise en service en 2030.
Des protestations autour des droits fonciers
Le démarrage des travaux intervient après une mobilisation à Lamu Old Town. Mardi, des dizaines de personnes s’y sont rassemblées en scandant « Haki Yetu », qui signifie « Nos droits ». Des opposants ont également saisi la justice, redoutant que leurs droits sur les terres concernées ne soient pas respectés.
Le calendrier du projet nourrit aussi la méfiance. L’idée d’implanter une raffinerie Dangote en Afrique de l’Est a été avancée en avril, avant que Lamu ne soit retenue comme site en juillet. En moins de six mois, l’île est ainsi passée d’une destination touristique évoquée pour son patrimoine à un territoire destiné à accueillir un vaste chantier industriel.
Salwa Mahmoud, artiste locale, estime que l’étude environnementale aurait dû intervenir avant le début des opérations de terrassement et d’excavation. Khelef Khalifa, membre de l’organisation Muslims for Human Rights, a de son côté critiqué le processus de consultation, jugeant que les négociations auraient dû précéder la signature des accords.
Environnement, pêche et tourisme au cœur des inquiétudes
Greenpeace et d’autres organisations environnementales alertent sur les risques potentiels pour l’un des écosystèmes côtiers les plus fragiles d’Afrique de l’Est. Aucune dégradation liée à la raffinerie n’est toutefois établie à ce stade, tandis que l’étude environnementale promise par les autorités kényanes n’a pas encore livré de conclusions.
Les pêcheurs et les professionnels du tourisme craignent également pour leurs revenus. Lamu est connue pour sa vieille ville, ses plages et ses bateaux traditionnels à voile. Lamu Old Town, associée au XIIe siècle, attire des visiteurs venus notamment pour son patrimoine culturel. Famau, opérateur touristique, affirme que son secteur fait vivre 90 % de l’île et souligne que les visiteurs viennent pour la culture, « pas pour les pétroliers ».
Sur l’île, les déplacements se font principalement à dos d’âne, les voitures y étant inexistantes. Cette identité particulière alimente les interrogations sur la coexistence entre l’activité touristique et une infrastructure pétrolière de grande ampleur.
Des promesses de développement contestées
Le projet est associé à la création annoncée de 60 000 emplois directs et indirects, ainsi qu’à l’ouverture d’un centre de formation destiné à 1 000 jeunes. Ces perspectives suscitent de l’intérêt, mais plusieurs habitants doutent que les bénéfices profitent réellement aux communautés locales.
Aliko Dangote a rejeté les critiques, accusant les opposants de ne pas vouloir le développement de l’Afrique. Le président kényan William Ruto avait initialement qualifié d’« extortionnistes » les personnes contestant le projet devant les tribunaux. Il a ensuite promis une étude environnementale rigoureuse et assuré aux habitants de Lamu que leurs droits seraient protégés et que leur voix serait entendue.
Ces engagements ne suffisent pas à dissiper les réserves locales. Said Hassan, directeur de la Lamu Arts and Theatre Alliance, estime que la participation publique est intervenue trop tard et affirme que les promesses officielles suscitent peu de confiance. Le débat oppose désormais les perspectives d’investissement et d’emploi à la préservation des terres, de l’environnement et des activités traditionnelles de l’île.
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