Zimbabwe : dans les zones de platine, les habitants réclament leur part des retombées
Les communautés installées autour des mines de platine au Zimbabwe estiment que les revenus générés par le secteur ne se traduisent pas suffisamment par des infrastructures et des services publics...
Dans les principales zones productrices de platine du Zimbabwe, la croissance de l’activité minière ne s’accompagne pas, selon les habitants, d’une amélioration équivalente de leurs conditions de vie. À Mhondoro-Ngezi, Shurugwi et Zvishavane, les demandes portent notamment sur les routes, les écoles, l’accès à l’eau, l’assainissement et les équipements de santé.
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Le contraste est d’autant plus marqué que le platine occupe une place stratégique dans l’économie nationale. Le métal a atteint un record de 2 923 dollars l’once le 26 janvier. Le Zimbabwe possède par ailleurs les deuxièmes réserves connues de métaux du groupe du platine au monde, derrière l’Afrique du Sud.
D’après l’International Trade Administration américaine, le secteur minier représente environ 75 % des exportations du pays et 14,5 % de son produit intérieur brut. John Musekiwa, alors président de la Chambre des mines du Zimbabwe, a indiqué que les revenus miniers à l’exportation avaient atteint 8,5 milliards de dollars en 2025, contre 5,9 milliards l’année précédente. Cette progression est attribuée à une production soutenue et à des prix favorables, notamment pour l’or et les métaux du groupe du platine.
Des écoles et des routes toujours insuffisantes
Dans le district de Mhondoro-Ngezi, les habitants de Turf, Mamina, Murambwa et des villages voisins disent ne pas voir de retombées à la hauteur de l’activité menée autour des exploitations de Zimplats.
Ernest Denhere, chef traditionnel du village de Denhere, dans le Ward 3, appelle les compagnies minières à financer une liaison routière reliant Kadoma et Kwekwe à Turf, Benhura, Mamina, Murambwa et Kadhani, jusqu’aux axes Harare-Masvingo.
« Ce qui se trouve sous nos terres en dit long », a-t-il déclaré, en plaidant pour un héritage durable au bénéfice des communautés.
L’accès à l’éducation reste également un problème. La conseillère du Ward 3, Emmah Chikwai, affirme que des enfants venus de Jompani, Majoki, Maleti et Makwavarara parcourent entre 15 et 25 kilomètres pour rejoindre le collège de Musinambi. Elle demande la construction d’un établissement secondaire satellite à Makwavarara.
Lors d’une visite effectuée le 7 septembre à Turf Primary School, des élèves ont été vus en train de suivre leurs cours sous des arbres. Dans la même zone, Sakina Lice explique subvenir aux besoins de sa famille en ramassant et en revendant du plastique. Elle dit pouvoir gagner environ 20 dollars par mois grâce à cette activité.
Les inquiétudes autour de la rivière Ngwazani
La rivière Ngwazani concentre aussi les préoccupations des riverains. Des habitants affirment que des eaux usées provenant de la zone minière auraient atteint le cours d’eau, situé à environ 100 mètres d’un site de décharge. Cette accusation n’a pas été confirmée de manière indépendante.
Edson Mabure, dont la famille a été déplacée avec l’expansion des activités minières, affirme traverser la rivière depuis son nouveau village. Agnes Handidikundiona estime pour sa part que l’eau n’est plus suffisamment propre pour les usages domestiques et les jardins. Elle réclame la construction d’une passerelle, car les crues empêcheraient parfois les enfants de se rendre à l’école.
Dans le Ward 11, la conseillère Nhomboka Kurebwa Javangwe estime que l’arrivée de travailleurs miniers et de leurs familles a accru la pression sur les équipements locaux. Elle appelle notamment Zimplats à construire et gérer une école primaire, tout en regrettant que les élus n’aient pas un accès direct à la compagnie pour faire remonter les doléances.
Les compagnies mettent en avant leurs investissements
À Shurugwi et Zvishavane, les associations de résidents demandent également davantage d’investissements dans les établissements scolaires, l’eau, l’assainissement et les routes. Bulle Madzitire, président de l’Association des résidents de Shurugwi, invite Unki à contribuer à la construction de salles de classe et à l’amélioration des services urbains.
Unki affirme avoir consacré en moyenne 1,5 million de dollars par an au développement communautaire au cours des cinq dernières années. Selon sa responsable des relations publiques, Evelyn Mawimba, la compagnie dit avoir construit 63 forages, soutenu 32 écoles dans le cadre du programme STEP-UP et apporté 2,75 millions de dollars à l’acquisition de terrains et au développement du lotissement résidentiel d’Impali.
La société indique également verser environ 130 000 dollars par an au conseil municipal de Shurugwi et près de 850 000 dollars au conseil rural de Tongogara. Ces chiffres, communiqués par Unki, n’ont pas été vérifiés indépendamment.
Les réponses de Mimosa et de Zimplats aux préoccupations soulevées par les communautés n’étaient pas disponibles au moment de la publication. La question de la responsabilité concernant les difficultés d’infrastructure et les accusations liées à la rivière Ngwazani demeure donc posée.
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