Le ministre sénégalais de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a appelé les médias à faire preuve de responsabilité face aux discours de haine et à la stigmatisation des étrangers. Il s’exprimait jeudi lors de la première édition de la GRACS, consacrée au thème « Médias et cohésion nationale ».
Le ministre a invité les acteurs publics et médiatiques à la vigilance face aux discours qui attribuent à une communauté, une nationalité ou une catégorie sociale la responsabilité exclusive de difficultés aux causes multiples.
« De la stigmatisation de l’étranger à l’ethnicisation du débat public, le passage peut être rapide », a-t-il averti. Il a également appelé à tirer les leçons de l’histoire régionale, qui impose selon lui « vigilance, mesure et responsabilité ».
Les ressortissants guinéens particulièrement concernés
Cette mise en garde intervient dans un climat décrit comme de plus en plus hostile aux étrangers au Sénégal. Les ressortissants guinéens figurent parmi les communautés particulièrement concernées. Ils sont parfois accusés de prendre les emplois des nationaux, une accusation dont les auteurs ne sont pas précisés dans les éléments disponibles.
Le contexte rappelle également qu’en 2023, des ressortissants guinéens ont été expulsés du Sénégal dans un contexte de violences politiques et accusés d’avoir participé aux troubles. Ces éléments sont rapportés sans autre version dans les informations disponibles.
Les données démographiques de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, publiées en juillet 2024, permettent de mesurer le poids de cette communauté. Le Sénégal comptait alors 18 126 390 résidents, dont 207 791 étrangers, soit environ 1,1 % de la population. Avec 83 830 personnes recensées, les ressortissants guinéens représentaient 40,3 % de la population étrangère dénombrée.
Un risque pour les Sénégalais vivant à l’étranger
Mouhamadou Makhtar Cissé a aussi souligné les conséquences que peuvent avoir les discours xénophobes au-delà des frontières sénégalaises. Il a estimé que les Sénégalais établis à l’étranger, qu’il évalue à plus de deux millions, pouvaient être exposés en retour à des réactions hostiles.
« La haine que l’on autorise ici chez nous revient là-bas à travers nos propres frères », a-t-il déclaré, en présentant la cohésion nationale comme une protection pour les Sénégalais vivant hors du pays.
Le ministre a par ailleurs rappelé qu’un avertissement avait été publié le 6 juillet par le CORED contre la médiatisation de propos stigmatisant les étrangers vivant au Sénégal. Il a demandé une attention accrue face à toute progression de discours désignant un groupe comme responsable unique de problèmes complexes.
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