À Abuja, Melanie Hui plaide pour une maîtrise africaine des infrastructures de l’IA
Lors de la conférence Build 2026 à Abuja, Melanie Hui a appelé les pays africains à renforcer leur contrôle sur les infrastructures, les données et les chaînes de valeur de l’intelligence...
La question de la maîtrise africaine des infrastructures numériques s’est imposée à la conférence Build 2026, organisée à Abuja. Lors de son discours inaugural, Melanie Hui, directrice générale de Luminate, a averti que les pays africains risquent de rester cantonnés à un rôle subordonné dans l’économie mondiale de l’intelligence artificielle s’ils ne contrôlent pas davantage les systèmes qui la font fonctionner.
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La rencontre a réuni des responsables gouvernementaux, des diplomates, des dirigeants du secteur technologique ainsi que des membres de la Nigeria AI Collective. Dans son intervention, Hui a appelé à une approche dépassant la seule question des applications d’IA. Elle a notamment cité les infrastructures cloud, la gouvernance des données, l’énergie, les compétences spécialisées, les chaînes de valeur numériques et les mécanismes de protection.
Une dépendance qui reste coûteuse
Selon Melanie Hui, le Nigeria perdrait chaque année des millions de dollars en raison de sa dépendance à des infrastructures cloud contrôlées par un nombre limité de grandes entreprises étrangères. Aucun montant précis n’a été avancé dans cette estimation.
La dirigeante de Luminate a également souligné que plusieurs ressources essentielles à l’écosystème de l’IA — les microprocesseurs, les serveurs cloud, l’énergie et les talents spécialisés — demeurent concentrées sur des marchés étrangers. Elle estime que cette configuration prolonge des dépendances qui limitent la capacité des pays africains à capter la valeur produite sur leur propre territoire.
Elle s’est appuyée sur une recherche commandée par Luminate au Global Centre on AI Governance consacrée aux câbles sous-marins de fibre optique. D’après sa présentation, les routes empruntées par ces infrastructures pour acheminer le trafic internet africain rappellent certains anciens itinéraires commerciaux et d’extraction. Pour Hui, les câbles ne sont donc pas de simples équipements techniques : ils renvoient aussi aux rapports de pouvoir, à l’accès aux réseaux et à la répartition des revenus.
La souveraineté ne se limite pas aux data centers
Melanie Hui a par ailleurs mis en garde contre une conception limitée de la souveraineté numérique. Le fait d’installer un centre de données à l’intérieur des frontières d’un pays ne garantit pas, à lui seul, le contrôle de son avenir numérique.
Elle invite plutôt à examiner qui contrôle l’infrastructure, qui peut accéder à ses services, quelle énergie l’alimente, quelles données sont traitées et vers quels acteurs se dirige la valeur économique créée. Dans cette perspective, les données ne se résument pas à une ressource abstraite : elles comprennent les identités, les comportements, les relations et les vies des personnes.
La dirigeante a aussi attiré l’attention sur la faible représentation des langues africaines dans les plateformes modernes d’intelligence artificielle. Elle a affirmé que le continent abrite un tiers des langues du monde, tout en estimant que les outils actuels restent largement peu adaptés à cette diversité linguistique.
Des garde-fous pour partager les bénéfices
Pour illustrer une autre manière de concevoir l’innovation, Hui a évoqué une initiative du ministère indien de l’Agriculture. Ce programme aurait utilisé l’intelligence artificielle pour prévoir les régimes de mousson au bénéfice de près de 40 millions d’agriculteurs. Son fonctionnement reposait notamment sur la demande locale, les données climatiques publiques, un siècle d’archives pluviométriques et un réseau de diffusion par SMS dans les langues utilisées par les agriculteurs.
Hui a insisté sur le fait que l’IA n’était qu’un élément final de ce dispositif, et non son point de départ. Elle a défendu une vision dans laquelle les infrastructures existantes, les besoins des populations et la capacité locale à exploiter les données jouent un rôle central.
Elle a également défendu les mécanismes de régulation, en citant plusieurs risques sociaux : biais algorithmiques sur les plateformes de travail à la tâche, violences facilitées par la technologie et déploiements défaillants de systèmes de vérification d’identité. Elle a mentionné comme signes de mobilisation l’action de l’autorité nigériane de la concurrence contre Meta concernant l’exploitation des données, ainsi que la syndicalisation de conducteurs nigérians du transport à la demande.
En conclusion, Melanie Hui a appelé les fondations philanthropiques à soutenir durablement les chercheurs, les organisations de la société civile et les mouvements de travailleurs. Elle a estimé que l’ordre mondial de l’IA n’était pas encore fixé et a invité les acteurs africains à contribuer à bâtir une économie numérique fondée sur leur capacité d’action, leurs compétences et leur propre vision.
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