Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a répondu, lundi 5 octobre 2026, aux menaces de débrayage formulées par certains membres de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée. Ces menaces avaient été évoquées lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue le 2 octobre, après le placement sous mandat de dépôt de Maître Sory Daouda Camara et de Mandjou Sangaré dans le dossier Ecobank Guinée.
À l’issue de cette rencontre, les huissiers avaient dénoncé l’arrestation de leurs confrères et réaffirmé leur conviction de leur innocence. Le président de leur Chambre, Maître Aboubacar Camara, a également indiqué que la corporation avait entrepris des démarches auprès des autorités pour obtenir leur remise en liberté, sans succès. Les membres de la profession avaient annoncé que des mesures pouvant aller jusqu’à l’arrêt de leurs activités pourraient être engagées.
Le parquet défend une procédure ciblée
Dans son communiqué, le parquet spécial soutient que l’action engagée ne concerne pas l’ensemble des huissiers. « L’action du parquet spécial n’est en aucun cas dirigée contre une corporation », affirme-t-il, en précisant que les poursuites portent sur des personnes nommément désignées et sur des faits déterminés.
Maître Sory Daouda Camara et Mandjou Sangaré sont poursuivis, selon le parquet, pour des faits présumés d’escroquerie au jugement, de faux en écriture publique et authentique, d’usage de faux, d’usurpation de titre et de fonction, ainsi que de complicité. Après leur placement sous mandat de dépôt, ils ont été présentés le lendemain devant la chambre de jugement de la CRIEF. La demande de remise en liberté introduite par leurs avocats a été rejetée après que la défense eut soulevé plusieurs exceptions.
Le parquet qualifie les menaces de cessation d’activités de tentative de pression sur la justice. Il assure toutefois que la procédure se poursuivra jusqu’à son terme, que les droits de la défense et la présomption d’innocence seront garantis, et qu’il ne cédera à aucune pression. Il rappelle également que la responsabilité pénale des prévenus relève des juges audienciers.
Une plainte d’Ecobank transmise à l’ORDEF
Le parquet indique avoir été saisi le 16 juin 2026 d’une plainte déposée par Ecobank Guinée SA, représentée par la SCPA PAL & JPK. La plainte concerne notamment une procédure de saisie-attribution de créance. Elle a été transmise à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) pour enquête préliminaire.
Plusieurs personnes ont été entendues au cours des investigations, dont le directeur juridique adjoint d’Ecobank, Maître Sory Daouda Camara, Mandjou Sangaré et Maître Halimé Saad Chalhoub. Le parquet affirme que le dossier concernant les deux premiers a ensuite été déféré devant la CRIEF. Il indique aussi que Maître Halimé Saad Chalhoub a quitté la Guinée pour l’étranger après l’enquête.
Selon les éléments présentés par le parquet, l’affaire trouve son origine dans une créance reconnue en 1999 au profit de Maître Halimé Saad Chalhoub contre le Centre commercial Africof de Madina. Une procédure de liquidation aurait ensuite été engagée, tandis qu’une saisie-attribution aurait été initiée en avril 2018 auprès de plusieurs banques, dont Ecobank Guinée.
Le parquet rapporte qu’un jugement du 29 novembre 2018 aurait annulé le procès-verbal de saisie-attribution. Il mentionne également un arrêt de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA), rendu le 2 octobre 2025, qui aurait condamné Ecobank Guinée au paiement des causes de la saisie et de condamnations accessoires. Le 12 mai 2026, un commandement de payer portant notamment sur 4,6 millions de dollars américains et plus de 3 milliards de francs guinéens aurait été signifié à la banque.
Le parquet affirme enfin qu’une autre procédure concerne Maître Aboubacar Camara devant la CRIEF, avec une audience annoncée pour le 14 octobre 2026. Il assure que toutes les dispositions légales seront prises pour garantir la continuité du procès.
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