L’Érythrée a annoncé jeudi la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie, dans un contexte de combats renouvelés dans le nord éthiopien et d’accusations croisées de soutien à des groupes armés rivaux.
La décision d’Asmara est intervenue après l’annonce par Addis-Abeba de la fermeture de son ambassade en Érythrée et de l’expulsion de dix diplomates érythréens. Le ministère érythréen des Affaires étrangères a présenté cette mesure comme une réponse aux décisions éthiopiennes, affirmant que son voisin poursuivait une politique hostile à l’égard de l’Érythrée.
Asmara accuse notamment l’Éthiopie de chercher à porter atteinte à ses zones côtières et d’armer des combattants opposés au pouvoir éthiopien. Ces accusations n’ont pas été établies de manière indépendante. De son côté, le gouvernement éthiopien accuse l’Érythrée de soutenir des groupes hostiles à Addis-Abeba, dont une alliance liée au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Les deux parties rejettent les accusations formulées par l’autre.
Des combats dans trois régions
La crise diplomatique coïncide avec des affrontements entre les troupes fédérales éthiopiennes et une alliance d’opposition dirigée par des forces tigréennes. Les combats se concentrent dans les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar.
Des forces alignées sur le gouvernement fédéral auraient pris plusieurs localités du Tigré et progressé en direction de Mekelle. Dans l’Afar, un groupe armé favorable au gouvernement a déclaré avoir repris Erebti et vouloir poursuivre son avancée. Ce groupe affirme avoir bénéficié d’un important appui aérien de l’armée éthiopienne, une affirmation qui relève de sa propre communication.
Des habitants ont commencé à fuir vers l’Amhara et l’Afar, selon Mohammed Taha Tawakel, chef du bureau éthiopien. Le même responsable a fait état d’un lien arrière étroit entre les forces rebelles et l’Érythrée le long de la frontière, sans que l’ampleur de ce soutien présumé soit établie indépendamment.
Une explosion a également été signalée jeudi matin au ministère éthiopien de la Défense, à Addis-Abeba. Sa cause n’a pas été confirmée. Une source diplomatique citée dans les informations disponibles a estimé que de petits drones pourraient être à l’origine de l’incident.
Le risque d’une crise régionale
Plusieurs analystes alertent sur le risque d’un élargissement du conflit. Ahmed Soliman, chercheur au programme Afrique de Chatham House, estime que les crises éthiopienne et soudanaise sont devenues plus liées, les autorités éthiopiennes et les Forces armées soudanaises s’accusant mutuellement d’héberger et d’équiper des opposants depuis leurs territoires respectifs.
Laura Hammond, de la SOAS University of London, juge possible une implication plus directe de l’Érythrée dans les combats au Tigré si ceux-ci se prolongent. Elle met également en garde contre une aggravation des tensions avec le Soudan et à l’intérieur de ce pays. Martin Plaut considère pour sa part que le risque d’extension du conflit constitue un danger réel pour l’Éthiopie, l’Érythrée et leur voisin soudanais.
Le gouvernement éthiopien accuse aussi l’Égypte et le Soudan de soutenir les forces rebelles tigréennes. Le Caire et Addis-Abeba ont par ailleurs expulsé des diplomates dans le cadre de la dégradation de leurs relations : l’Égypte a ordonné le départ d’un diplomate éthiopien après l’expulsion d’un diplomate égyptien par l’Éthiopie.
Les tensions entre Addis-Abeba et Asmara se sont également nourries des ambitions répétées du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed d’obtenir un accès direct à la mer Rouge. L’Érythrée avait soutenu le gouvernement éthiopien pendant la guerre civile de 2020 à 2022 contre le TPLF, un conflit qui avait causé la mort de centaines de milliers de personnes selon les informations disponibles.
Les deux pays, marqués par l’annexion de l’Érythrée par l’Éthiopie en 1962, l’indépendance érythréenne en 1993 et la guerre frontalière de 1998 à 2000, avaient renoué après l’arrivée d’Abiy Ahmed au pouvoir en 2018. Cette normalisation est désormais fortement compromise.
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