Au nord-est du Nigeria, des familles attendent toujours des nouvelles de leurs disparus
À Maiduguri, des familles continuent de rechercher leurs proches disparus pendant les années de violences dans le nord-est du Nigeria. Une association locale, la Croix-Rouge nigériane et le CICR...
À Maiduguri, dans l’État de Borno, l’attente reste intacte pour de nombreuses familles dont les proches ont disparu pendant les années de conflit et de violences dans le nord-est du Nigeria. Certaines recherches durent depuis plus d’une décennie, sans confirmation sur le sort des personnes recherchées.
Falmata Mohammed a disparu en 2011 alors qu’elle voyageait avec sa mère entre Maiduguri et Port Harcourt. Son frère, Kashim Mohammed, affirme que les deux femmes ont été enlevées par des hommes armés non identifiés. Depuis, la famille n’a obtenu aucune information vérifiable sur leur destination.
Un homme avait un jour indiqué à Kashim que Falmata se trouvait au Bénin et cherchait à retrouver ses proches. Mais cet informateur a disparu sans laisser de coordonnées. « Depuis, personne ne sait quoi que ce soit de l’homme qui avait apporté cette information », a témoigné Kashim Mohammed.
Le père de Falmata, Mohammed Kolo, travaillait à l’hôpital spécialisé de Maiduguri. Il est mort à l’âge de 60 ans d’une maladie que son fils attribue à l’hypertension. Selon Kashim, son père a conservé jusqu’à la fin l’espoir de revoir sa fille : « Où qu’elle soit, je crois que ma fille est vivante. »
Une autre disparition liée aux années de crise
Dans une situation similaire, Muhammad Alhaji Bashir recherche son frère Adam Muhammad Bashir, surnommé Bakura. Celui-ci aurait disparu vers 2012 ou 2013. Il vendait des produits cosmétiques sur un marché de Maiduguri et étudiait le génie civil au Ramat Polytechnic.
Muhammad affirme avoir perdu son frère dans le contexte de la crise de Boko Haram, dont l’insurrection armée a commencé en 2009 dans le nord-est du Nigeria. Avec d’autres membres de la famille, il s’est rendu dans plusieurs lieux de recherche, notamment dans un centre de réhabilitation à Bulumkutu où étaient accueillies des personnes libérées ou secourues. Les photographies de Bakura n’ont toutefois permis aucune identification.
« Chaque fois que nous apprenions que des personnes secourues avaient été conduites au centre de réhabilitation de Bulumkutu, nous y allions avec les photos de Bakura. Malheureusement, personne ne l’a reconnu », a déclaré Muhammad.
Une mobilisation communautaire à Maiduguri
Kashim Mohammed dirige l’Association for the Well-being of Displaced and Missing Persons’ Families, installée à Bolori II, dans le quartier de Ngarnam. Créée en 2023 et enregistrée auprès de la Corporate Affairs Commission du Nigeria en 2025, l’organisation réunit chaque mois des familles touchées par les disparitions.
Ses activités reposent sur le partage d’informations, l’accompagnement des proches et l’aide aux enfants affectés par les violences. Kashim Mohammed affirme que l’association soutient environ 600 enfants orphelins issus de ces familles. Il dit également que ses registres font état d’environ 10 000 personnes portées disparues dans l’État de Borno, tout en précisant que de nombreuses familles n’ont pas encore enregistré leurs proches.
Des défenseurs des familles de disparus avancent par ailleurs une estimation de 17 000 personnes manquantes dans le nord du Nigeria. Les sources, la période couverte et la méthode de calcul de ce chiffre n’ont toutefois pas été établies de manière indépendante.
Les recherches ont aussi été compliquées par les inondations qui ont touché certaines parties de Maiduguri en 2024. Selon Kashim, les eaux ont détruit des photographies conservées par des familles de Ngarnam et utilisées pour faciliter l’identification des disparus.
Le Comité international de la Croix-Rouge, en collaboration avec la Croix-Rouge nigériane, soutient les démarches visant à retrouver les personnes disparues et à réunir les familles séparées. Mais pour Falmata Mohammed comme pour Adam Muhammad Bashir, aucune confirmation n’a encore permis d’établir s’ils sont vivants ou décédés.
« Falmata Mohammed, si tu es vivante quelque part dans ce monde, nous sommes la famille de feu Mohammed Kolo, à Bolori II, Ngarnam. Nous t’attendons », a lancé Kashim Mohammed.
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