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Politique

Un chat m’a conté : à fakoudou !

La Guinée continue d’avaler ses couleuvres avec le sourire réglementaire, celui qu’on nous demande d’afficher chaque matin comme une pièce d’identité....

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Admin User

Aug 27, 2026 at 11:51

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Un chat m’a conté : à fakoudou !

La Guinée continue d’avaler ses couleuvres avec le sourire réglementaire, celui qu’on nous demande presque d’afficher chaque matin comme une pièce d’identité.

Sur le papier, tout va bien. Les rapports sont excellents, les indicateurs clignotent au vert, les investissements progressent et l’émergence est toujours annoncée pour bientôt — comme elle l’était déjà hier.

Un pays brillant, disent les communiqués.

Bel enfer, répondent les foyers où la lumière s’éteint avant même la fin du discours officiel et où le réfrigérateur, lui, n’a jamais appris à lire les rapports sur les investissements directs étrangers.

Triste paradis où l’on vante la bauxite, les routes, les projets et les lendemains radieux pendant que le citoyen cherche simplement à savoir quand reviendra l’électricité.

On dirait désormais deux Guinées superposées : celle qu’on raconte à la télévision, pleine de réussite, de croissance et de promesses, et celle qu’on habite réellement le soir, dans le noir, avec les factures sur la table.

Entre les deux se trouve un petit détail qu’on oublie parfois dans les discours : la réalité.

À fakoudou !

Et voilà maintenant les magistrats.

Ceux qui pensaient encore que la robe protégeait viennent de découvrir qu’on peut aussi la leur retirer.

Radiés.

Le mot est propre. Administratif. Presque chirurgical.

On dirait qu’on efface une tache sur une toge.

Sauf que parfois, la tache reste tranquillement assise quelque part et c’est le magistrat qu’on efface.

Dans ce pays, on a parfois l’impression qu’on radie plus vite qu’on ne juge. Un décret, une décision, quelques lignes et toute une carrière peut basculer.

Alors une question demeure : lorsqu’on frappe pour donner l’exemple, quel est exactement l’exemple que l’on veut donner ?

Celui de la discipline ?

Celui de l’autorité ?

Ou celui qui rappelle à chacun qu’entre une fonction prestigieuse et le retour à la maison, il peut parfois n’y avoir qu’une signature ?

Mais passons. À force de poser des questions, on finira peut-être devant une commission pour excès de curiosité.

À fakoudou !

Pendant ce temps, une partie des opposants et des voix critiques poursuit sa vie hors du pays.

Ils sont partis de différentes manières, à différentes périodes et pour différentes raisons. Mais leur absence nourrit toujours la même interrogation : quelle démocratie peut durablement se construire lorsque ceux qui contestent le pouvoir finissent par parler de la Guinée depuis Dakar, Paris, Abidjan ou ailleurs ?

C’est devenu une étrange politique d’exportation.

On forme des cadres.

On les écoute.

On les applaudit parfois.

Puis, quand la voix devient trop forte, le produit semble soudain mieux adapté au marché extérieur.

À l’intérieur, on répète que le pays est stable.

Et peut-être l’est-il.

Mais il faut reconnaître qu’une pièce devient toujours plus calme lorsqu’une partie de ceux qui faisaient du bruit n’y sont plus.

À fakoudou !

Et puis il y a cette voix venue d’en haut.

Cette formule qui revient : « moi et vous ».

Deux petits mots qui, sans le vouloir peut-être, peuvent dessiner une immense frontière.

Il y a « moi ».

Et puis il y a « vous ».

On attend toujours le « nous ».

Parce qu’une nation ne devrait pas ressembler à une salle de classe où le professeur parle et où les élèves attendent la permission de poser une question.

Le peuple ne peut pas éternellement être ce « vous » convoqué pour écouter, applaudir, voter, patienter et recommencer.

Un jour, peut-être, quelqu’un demandera simplement :

Et le “nous”, il habite où ?

Dans quel quartier ?

Dans quel budget ?

Dans quelle institution ?

Dans quelle décision ?

Dans quel discours ?

Mais passons, avant qu’on ne nous accuse d’outrage à la grammaire républicaine.

À fakoudou !

Quant aux ministres, ils tombent désormais parfois au nom de la lutte contre la corruption.

Et lutter contre la corruption est évidemment une nécessité.

Seulement voilà : le Guinéen est devenu tellement spectateur de changements de visages qu’il aimerait parfois connaître aussi la suite du scénario.

Lorsqu’un responsable est limogé, que se passe-t-il après ?

Enquête ?

Justice ?

Classement ?

Remboursement éventuel ?

Silence ?

Parce que combattre la corruption ne peut pas seulement consister à remplacer une photo officielle par une autre.

Changer le ministre sans changer le système, c’est parfois comme changer une ampoule dans une maison où le problème vient du câblage.

La nouvelle ampoule brillera peut-être.

Mais pour combien de temps ?

Et à chaque nomination, on nous explique que voici enfin l’homme ou la femme qu’il fallait.

Puis vient parfois le décret suivant.

Le fauteuil reste.

Le costume change.

Le tailleur, lui, semble avoir un contrat à durée indéterminée.

À fakoudou !

Il est 13 heures.

Mon coq, qu’aucun décret n’a encore radié — probablement parce que l’administration n’a pas encore créé de matricule pour les volailles — chante toujours avec l’assurance d’un fonctionnaire qui ignore que son dossier pourrait être sur la prochaine table.

Ma chienne barbue, elle, ne croit plus aux annonces.

Elle en a trop entendu.

Elle regarde la télévision avec ce calme supérieur que seuls possèdent ceux qui connaissent déjà la fin du film.

Je dois maintenant passer devant la Basse-Cour suprême.

Pas pour un procès.

Simplement pour vérifier s’il reste encore quelqu’un à l’intérieur pour ouvrir la porte demain matin.

Quelqu’un racontait récemment :

« On radie dans l’armée. On radie des magistrats. On radie des responsables. On suspend des partis. Des activistes partent. Des journalistes s’inquiètent. Mais à force de retirer les costumes, qui restera pour jouer la pièce ? »

C’est à ce moment-là que moi, je suis sorti.

Je n’aime pas les histoires.

À fakoudou !

Billet — « Un chat m’a conté »

Il faudrait peut-être inventer un prix Nobel spécial pour :

– ceux qu’on sanctionne avant même que le public comprenne toute l’affaire ;
– ceux qui parlent de leur pays depuis l’étranger parce que le débat intérieur est devenu trop étroit ;
– ceux qui disent « moi et vous » en oubliant que la République commence normalement par « nous » ;
– les ministres qu’on change pour prouver que le système change ;
– les costumes qu’on remplace sans jamais demander qui est le tailleur ;
– et surtout ceux qui repassent éternellement par la même porte en jurant, chaque fois, qu’ils viennent d’inventer une nouvelle sortie.

La Guinée avance, nous dit-on.

Peut-être.

Mais de temps en temps, il serait utile de regarder dans quelle direction.

Lynx

Tags: Guinée News

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